Home PolitiqueAprès le rejet de la Lfr sans débat – Takku Wallu appelle à la dissolution de l’Assemblée : L’Apr dénonce l’«incurie» de Pastef

Après le rejet de la Lfr sans débat – Takku Wallu appelle à la dissolution de l’Assemblée : L’Apr dénonce l’«incurie» de Pastef

by Aicha Diop

Vent debout contre la majorité Pastef suite au torpillage du projet de Loi de finances rectificative, l’opposition réunie autour de Me Aïssata Tall Sall dénonce des chiffres «accablants», qualifie la crise de «factice» et appelle le chef de l’Etat à renvoyer les Sénégalais aux urnes.

Par Justin GOMIS –La scène politique sénégalaise retient son souffle. Jeudi après-midi, devant un parterre de journalistes, Me Aïssata Tall Sall, présidente du Groupe parlementaire Takku Wallu Senegaal, a livré un réquisitoire d’une rare sévérité contre la majorité Pastef. Au cœur de cette charge : le rejet brutal, le 3 novembre dernier, du projet de Loi de finances rectificative (Lfr) 2026. Une décision expédiée avant même l’ouverture des discussions générales, qu’elle qualifie sans ambages de «forfaiture» et de «fuite devant le débat».
Portant l’estocade, la responsable politique a franchi un cap décisif en exhortant le président de la République à prononcer la dissolution de l’Assemblée nationale et à convoquer des élections législatives anticipées pour sortir de l’impasse.

Une «forfaiture» procédurale inédite
Le 3 novembre, l’examen de la Lfr 2026 s’est heurté à un mur procédural. Avant tout débat de fond, la majorité a déposé une question préalable, adoptée par 109 voix contre 20 et trois abstentions. En vertu des articles 83 et 85 du Règlement intérieur, le couperet est tombé instantanément, tuant le texte dans l’œuf. «Pour la première fois, une Loi de finances rectificative a été rejetée avant même d’avoir été discutée (…). Qu’elle ait été rejetée n’a peut-être rien d’anormal. Mais qu’elle l’ait été sans débat, voilà la gravité», s’est insurgée Me Aïssata Tall Sall, déplorant qu’aucun député, de la majorité comme de l’opposition, n’ait pu porter la voix des citoyens sur ce tournant budgétaire. Un scénario déjà amorcé en Commission des finances le 23 octobre dernier, où la majorité avait rejeté le même texte, poussant Takku Wallu à l’abstention après avoir flairé «un jeu de va-et-vient» stérile entre l’Exécutif et sa base parlementaire.

Des chiffres «têtus» et un déficit vertigineux
Au-delà de la méthode, l’opposition cible la sincérité des données financières. Selon Me Aïssata Tall Sall, la Lfr 2026 traduit une dérive alarmante : un budget général amputé de 304 milliards de francs Cfa, une explosion des dépenses de fonctionnement de 535 milliards, affectées au «confort du gouvernement» (véhicules, climatiseurs, bureaux), une saignée des investissements publics, réduits drastiquement de 555 milliards, sacrifiant chantiers, routes, écoles et structures sanitaires.
Plus grave encore, le déficit budgétaire s’envole pour atteindre 7, 6%, pulvérisant le critère de convergence de l’Uemoa fixé à 3%. «Pendant que beaucoup de pays de la zone font l’effort de respecter ce critère, nous l’avons plus que doublé. C’est presque sans précédent», tonne-t-elle, qualifiant la Lfr de véritable «révélateur» de la situation réelle du pays. Analysant la nature de cette crise, la présidente du groupe parlementaire l’évacue du champ purement idéologique pour la situer sur le terrain psychologique et relationnel, évoquant une «séparation douloureuse» ou un «dépit amoureux» entre le chef de l’Etat et son ex-Premier ministre Ousmane Sonko -une allusion directe au concept de «douce cohabitation». «Et voilà que ces deux amoureux prennent le pays en otage (…). La majorité Pastef ne peut pas tenir 19 millions de Sénégalais en otage au nom d’un règlement de comptes», a-t-elle fustigé, s’étonnant de voir les mêmes parlementaires applaudir ce même budget en décembre dernier sans même avoir changé de ministre des Finances.
Refusant de cautionner le blocage des institutions mais tout aussi déterminée à ne pas pactiser avec Pastef, l’opposition renvoie l’Exécutif à ses responsabilités constitutionnelles. Rappelant que les suffrages de la victoire appartiennent au président de la République et non à un parti, Me Aïssata Tall Sall estime que la seule issue démocratique réside dans le verdict populaire. «Quand une majorité utilise le Règlement intérieur non pour éclairer mais pour étouffer la parole, alors la seule issue démocratique, c’est le Peuple. Qu’on dissolve cette Assemblée et qu’on organise des élections législatives anticipées», a-t-elle plaidé, affirmant que le pouvoir en place redoute ce scrutin par peur de voir son bilan budgétaire voler en éclats face aux citoyens.
En posant cette exigence de «salubrité démocratique», Takku Wallu Senegaal érige le budget national en ligne rouge inviolable et replace la balle au centre du jeu institutionnel : le chef de l’Etat et, par extension, le Peuple sénégalais sont désormais sommés de trancher.

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