Ousmane Sonko ne mâche pas ses mots face à la première puissance mondiale. En qualifiant Donald Trump d’acteur de la «déstabilisation» globale, le Premier ministre sénégalais marque une rupture nette avec la diplomatie de la prudence. De l’échec des interventions occidentales à la guerre économique contre la Chine, le leader de la «rupture» appelle l’Afrique à se libérer de l’ingérence systémique pour bâtir sa propre souveraineté.
Par Dieynaba KANE – Fidèle à son discours sur le souverainisme, le Premier ministre a profité de la conférence tenue hier au Musée des civilisations noires par le géopolitologue Pascal Boniface pour critiquer ouvertement le Président américain Donald Trump. Lors de sa prise de parole, Ousmane Sonko a qualifié le locataire de la Maison Blanche «d’homme de déstabilisation». D’après M. Sonko «le retour de Donald Trump à la tête de la première puissance mondiale n’a pas tenu ses promesses de stabilité». Et de s’interroger : «Est-ce que le monde est plus sûr ? Est-ce que le monde est en paix ?» Ce questionnement fait, il en arrive à la conclusion que les actions de Trump s’avèrent dangereuses pour l’équilibre global.
Poursuivant son propos, le Pm sénégalais a insisté sur l’inefficacité des interventions militaires occidentales des dernières décennies. Listant les interventions des Occidentaux dans des pays comme le Vietnam, l’Irak, l’Afghanistan, la Libye, la Somalie, il estime qu’aucune «guerre n’a été gagnée parce qu’aucun des objectifs n’a été atteint». Il s’est même permis de fustiger : «A part semer le chaos et le désordre derrière eux dans ces pays, ces interventions n’ont rien produit.»
Dans la même veine, Ousmane Sonko a dénoncé l’ingérence systémique, notamment la pratique consistant à exfiltrer des chefs d’Etat pour les soumettre à des justices étrangères. Selon lui, c’est une violation flagrante du Droit international et de la dignité des peuples.
Se prononçant sur l’économie mondiale, le chef du gouvernement est convaincu que la stratégie américaine actuelle, visant à asphyxier ses concurrents, témoigne surtout d’une peur de perdre sa première place face à la montée en puissance de la Chine. Il prédit ainsi une transformation radicale des échanges internationaux, où les monnaies nationales et la souveraineté économique reprendront leurs droits. Dans cette optique, Ousmane Sonko lance un appel à la conscience africaine. Pour lui, la lutte hégémonique entre blocs ne se résoudra pas par des interventions de l’extérieur, mais par un retour aux racines. «Lorsqu’un peuple croit en lui-même, croit en ses capacités, lorsqu’il est convaincu d’être une civilisation forte ancrée sur des valeurs endogènes, ce peuple peut résister à tout», a-t-il déclaré.
Lors de cette rencontre, le Premier ministre a encore soutenu que la rupture n’est pas un isolement, mais le préalable nécessaire à une collaboration sincère et respectueuse.