Entre Mame Mbaye Niang et Ousmane Sonko, la hache de guerre est loin d’être enterrée. Alors que le contentieux pour diffamation semblait clos par une condamnation définitive, un nouveau front judiciaire vient de s’ouvrir devant le Tribunal de grande instance de Dakar. L’ancien ministre accuse l’actuel Premier ministre d’avoir organisé son insolvabilité à travers une mutation immobilière «frauduleuse» à la Cité Keur Gorgui. Un bras de fer à 500 millions de F Cfa qui a été renvoyé, ce 9 avril, au 22 avril.
Le feuilleton judiciaire entre l’ancien ministre Mame Mbaye Niang et l’actuel Premier ministre Ousmane Sonko connaît un nouveau rebondissement. Cette fois, le combat se déplace sur le terrain civil et immobilier. Au cœur du litige : la villa de la Cité Keur Gorgui de Sonko, pour laquelle Mame Mbaye Niang accuse son rival politique d’avoir «frauduleusement» muté pour éviter de payer ses dettes judiciaires. Une audience renvoyée, une tension toujours intacte.
L’affaire a été évoquée ce jeudi 9 avril 2026 devant le Tribunal de grande instance hors classe de Dakar. Toutefois, les débats au fond n’ont pas encore eu lieu. A la demande des conseillers de Ousmane Sonko, le Tribunal a prononcé un renvoi au 22 avril. Ce dossier, initialement appelé pour la première fois le 19 janvier dernier, marque une nouvelle étape dans l’affrontement acharné que se livrent les deux hommes depuis plusieurs années.
Le rappel des faits : de la diffamation à la «traque» immobilière
Pour comprendre cette nouvelle procédure, il faut remonter au contentieux initial qui a bouleversé la scène politique sénégalaise. 30 mars 2023 : Ousmane Sonko est condamné en première instance pour diffamation et injures publiques contre Mame Mbaye Niang. Epilogue judiciaire : après des recours devant la Cour d’appel et la Cour suprême, la condamnation devient définitive. Ousmane Sonko est sommé de verser la somme de 200 millions de F Cfa à titre de dommages et intérêts. Selon le camp de Mame Mbaye Niang, c’est précisément pour échapper à ce paiement que le leader de Pastef aurait organisé son insolvabilité.
L’accusation : «Organisation d’insolvabilité»
Défendu par Me Baboucar Cissé, l’ancien ministre soutient qu’en mai 2023, Ousmane Sonko a procédé à la mutation du droit au bail d’un terrain de 264 m² (titre foncier n°530/GR) situé à la Cité Keur Gorgui. Ce bien, initialement à son nom, aurait été transféré à plusieurs membres de sa famille. «Il s’agit d’une manœuvre pour soustraire le bien au paiement de la créance», martèle la partie demanderesse, s’appuyant sur les articles 205 et 206 du Code des obligations civiles et commerciales (Cocc) relatifs à l’action paulienne. Cette disposition juridique permet à un créancier de faire annuler des actes accomplis par son débiteur en fraude de ses droits.
Mame Mbaye Niang va même plus loin en mettant en cause le Conservateur de la propriété foncière de Grand-Dakar, soupçonné de complicité dans cette transaction. L’ancien ministre ne compte pas en rester là et réclame des sanctions financières lourdes : annulation pure et simple de la mutation immobilière, réinscription du bien au nom de Ousmane Sonko sous astreinte de 10 millions de F Cfa par jour de retard et 500 millions de F Cfa de dommages et intérêts supplémentaires pour le préjudice subi.
Alors que Ousmane Sonko occupe aujourd’hui les fonctions de Premier ministre, cette affaire vient rappeler que les dossiers judiciaires nés sous l’ancien régime continuent de hanter les relations entre les nouveaux tenants du pouvoir et l’ancienne garde. Rendez-vous est pris le 22 avril pour la suite de cette bataille de titres fonciers. L’ancien ministre décide de relancer ce dossier alors que la majorité de Pastef tente de remettre son leader dans le jeu électoral en essayant de modifier certains articles du Code électoral.