Dans le cadre de son partenariat avec la Fao, l’Association des journalistes en en santé (Ajs) poursuit ses actions de sensibilisation sur la sécurité sanitaire des aliments de rue. Une visite de terrain organisée à la gare routière des Beaux Maraîchers a permis de constater les efforts d’hygiène fournis par certaines restauratrices, malgré un environnement global qui nécessite encore de nombreuses améliorations.
Par Justin GOMIS – Lieu de transit majeur où se croisent quotidiennement des milliers de voyageurs, chauffeurs et commerçants, la gare routière des Beaux Maraîchers abrite, au premier étage de son bâtiment central, un espace dédié à la restauration. Si la conception architecturale des lieux offre une bonne aération, l’entretien général laisse à désirer : des murs roses usés par la graisse et les empreintes, des toiles d’araignée suspendues aux plafonds et des vitrines de cantines endommagées témoignent d’un réel manque de maintenance.
C’est pourtant dans cet espace, où les effluves de cuisine se mêlent à la fumée, que des hommes et des femmes s’activent pour nourrir les usagers. Du petit-déjeuner au dîner, en passant par les rôtisseries locales -plus connues sous le nom de «Forokh thiaya»-, l’offre est variée.
Des modèles d’exemplarité au milieu des carences
Malgré cet environnement précaire, certains tenanciers mettent un point d’honneur à respecter les règles d’hygiène fondamentales. C’est le cas de Mama Fatou Dieng dont la cantine irréprochable inspire confiance dès le premier coup d’œil : eau de vaisselle claire, plats et verres soigneusement recouverts, absence de mouches et rangement impeccable. «Le Coran dit que la propreté fait partie de la foi (An-naḍāfatu mina al-īmān). C’est un acte d’adoration. Quand on prépare à manger pour des êtres humains, si ce n’est pas propre, la conscience vous rattrape. Si je commets une faute d’hygiène, qu’on ferme mon commerce, ce serait mérité !», affirme, sans détour, cette restauratrice originaire de Touba.
Pour elle, la qualité des plats est une question de responsabilité morale et familiale : «Ce que je vends, c’est ce que je mange et ce que je donne à mon enfant. Les vendeuses d’ici s’organisent bien : dès que la restauratrice du matin termine, elle nettoie tout avant que je ne m’installe pour le déjeuner, et je fais de même pour celle du soir.»
Cette rigueur est vivement saluée par la Fao, qui pilote le Projet d’amélioration de la sécurité sanitaire des aliments de rue, financé par le Luxembourg. Le Dr Mamadou Ndiaye, docteur vétérinaire et consultant international en sécurité sanitaire des aliments au Bureau sous-régional de la Fao au Sénégal, souligne l’importance d’un tel espace : «Il y a un effort de conception à saluer, avec des salles aérées réservées à la consommation au sein de la gare. Mais ces lieux demandent à être nettement mieux entretenus.»
Selon l’expert, l’hygiène relève ensuite de la responsabilité individuelle de chaque commerçant. Si des progrès sont visibles, de mauvaises pratiques persistent : les récipients utilisés pour la cuisson du «Forokh thiaya» révèlent parfois un manque de régularité dans le changement des huiles ou des sauces ; l’usage récurrent de papier journal usagé pour emballer les sandwichs pose un véritable problème de santé publique, l’encre d’imprimerie contenant des métaux lourds toxiques.
Prévention et transmission des maladies : une préoccupation communautaire
Pour Aminata Diallo, adjointe au maire de la commune de Guinaw Rail Sud et militante associative, les enjeux dépassent le cadre du garage : «On ne peut pas tolérer la vente d’aliments là où règne l’insalubrité. Si les mesures sanitaires ne sont pas prises, les clients risquent de tomber malades et de transmettre des pathologies à leurs proches de retour chez eux.» L’élue a souligné l’implication des Bajenu gox (marraines de quartier) de sa commune, dont le rôle de sensibilisation s’étend désormais à la sécurité alimentaire et à la santé globale.
Cette démarche de terrain s’inscrit pleinement dans la stratégie globale portée par la Fao et le Comité national du Codex. Après des caravanes de sensibilisation et le déploiement de relais sanitaires dans plusieurs marchés, l’accent est désormais mis sur la formation des acteurs clés. «Des formateurs issus d’associations professionnelles ont été outillés pour transmettre les bonnes pratiques à leurs pairs. L’objectif principal est la pérennisation, la vulgarisation de l’information pour garantir des produits sains à l’ensemble des consommateurs», a conclu le Dr Mamadou Ndiaye.