Soixante secondes. C’est le temps qu’a duré l’opération, selon des responsables militaires israéliens cités par le Guardian. Une minute de frappes simultanées, le 28 février 2026, qui ont tué Ali Khamenei et une quarantaine de hauts responsables du régime, dont sept membres du sommet de l’appareil sécuritaire iranien.
Mais derrière la précision du raid, une question s’impose. « Le guide suprême est resté à son poste, au cœur de Téhéran, alors même que tout le monde disait qu’une attaque était imminente. Il s’est sacrifié pour l’Iran », a commenté le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï.
Khamenei, 86 ans, disposait pourtant de deux bunkers dans lesquels Israël n’aurait pas pu l’atteindre, selon le FT. Mais il avait choisi de ne pas les utiliser.
Des décennies de collecte, une fenêtre de soixante secondes
Le succès de l’opération repose sur des années d’infiltration méthodique. La priorité iranienne du Mossad remonte à 2001, quand le Premier ministre Ariel Sharon avait demandé au chef des services, Meir Dagan, de faire de l’Iran un objectif stratégique absolu. La scène est rapportée par Sima Shine, ancienne responsable du Mossad, au Financial Times. Sharon aurait dit à Dagan: « Tout ce que fait le Mossad est bien et bon. Ce dont j’ai besoin, c’est l’Iran. C’est votre cible. » « Et depuis lors, c’est la cible », commente Shine.
La guerre des douze jours ( du 13 au 25 juin 2025) a encore affiné cette connaissance. Les services américains ont appris à décrypter les déplacements de Khamenei et les modes de communication des Gardiens de la Révolution sous pression. La CIA a ensuite transmis à Israël des renseignements qualifiés de « haute fidélité » sur la position du guide suprême, selon le New York Times.
Le Financial Times apporte un détail supplémentaire: presque toutes les caméras de surveillance routière de Téhéran auraient été piratées pendant des années, leurs images transmises à des serveurs en Israël. L’une d’elles, bien positionnée rue Pasteur, permettait d’identifier les gardes du corps et leurs habitudes. « Nous connaissions Téhéran comme nous connaissons Jérusalem », a résumé un responsable des services israéliens au FT. À cela s’ajoute perturbation à distance d’une dizaine d’antennes-relais dans le secteur, dans les minutes précédant la frappe, pour aveugler la sécurité du guide avant l’impact.
Le puzzle géant des services secrets
La mécanique du renseignement est décrite par un vétéran anonyme de la CIA, interrogé par le Guardian, comme un puzzle permanent. « C’est comme un puzzle géant. Vous assemblez des fragments d’information. Là où les données manquent, vous creusez davantage. Comment ils se nourrissent, que font-ils de leurs déchets… Tout le monde se lève et se couche, tout le monde mange et boit. Tout ce que vous faites laisse une trace. »
Ce que les services ignoraient peut-être: non pas une, mais trois réunions se tenaient simultanément dans le quartier Pasteur ce matin-là, selon des sources israéliennes citées par le Parisien. La confirmation finale de la présence de Khamenei est venue d’une source humaine de la CIA, selon deux personnes familières du dossier citées par le FT. Du côté américain, le général Caine a précisé que les forces américaines avaient ouvert la voie aux jets israéliens en lançant des cyberattaques « perturbant, dégradant et aveuglant la capacité de l’Iran à voir, communiquer et réagir ».
Coup de maître ou cible facile: le débat qui divise
En Israël, certains promettent déjà que l’opération sera enseignée « dans les écoles militaires du monde entier », selon l’éditorialiste israélien Ben Caspit dans le quotidien Maariv. Amos Yadlin, ancien chef du renseignement militaire israélien, salue une « surprise tactique et opérationnelle »: tout le monde attendait une frappe nocturne, réplique de juin 2025, rapporte le Wall Street Journal. Le raid du 28 février marque d’ailleurs une première: Israël n’avait jamais auparavant assassiné un chef d’État.
Mais des voix plus critiques tempèrent l’enthousiasme. « Khamenei, à la différence de Hassan Nasrallah, ne se cachait pas », rappelle le FT. Le journaliste d’investigation israélien Ronen Bergman a ironisé sur les réseaux sociaux : « C’est comme avoir un panneau sur sa porte : ici vit l’heureuse famille Khamenei. »
Yossi Melman, journaliste d’investigation israélien, tempère lui aussi. « Israël est amoureux des assassinats… et on n’apprend jamais que ce n’est pas la solution. Nous avons tué tous les dirigeants du Hamas. Ils sont toujours là. C’est la même chose avec le Hezbollah. » Le vétéran de la CIA va plus loin: « Ce n’était pas la bonne décision. Pas d’un point de vue éthique. Mais d’un point de vue stratégique à long terme: quand vous éliminez le dirigeant d’un pays, vous ne résolvez pas le problème. Vous en créez un nouveau. »
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Sima Shine identifie au FT le moment charnière qui a levé le tabou sur l’élimination d’un chef d’État: le 7 octobre 2023. La série de succès israéliens depuis lors, de l’assassinat de Haniyeh à Téhéran en 2024 au piégeage de milliers de bipeurs et talkies-walkies du Hezbollah, a progressivement changé la donne. « En hébreu, on dit: ‘Avec la nourriture vient l’appétit' », résume-t-elle. « En d’autres termes, plus vous avez, plus vous voulez. »
L’onde de choc dépasse le seul Khamenei. Shanaka Anslem Perera pointe l’effet de paralysie que le raid pourrait provoquer au sein du régime: « Les dirigeants iraniens savent désormais trois choses: Israël savait où ils se réunissaient, quand ils se réunissaient et qui serait présent. Chaque commandant des Gardiens de la révolution qui recevra une convocation à une réunion évaluera si sa présence est un devoir ou une condamnation à mort. » Un analyste français des conflits, cité anonymement par l’AFP, remet en perspective la bataille du récit: le message voulu est celui d’une opération « propre, nette et sans bavure » qui « décapite un régime en un tournemain ». Mais, avertit-il, « en face, on ne joue pas au poker. On joue aux échecs et la perte d’une pièce majeure n’est pas la fin de partie. »