Home PolitiqueLFR 2026 : Takku Wallu justifie son abstention en commission des Finances

LFR 2026 : Takku Wallu justifie son abstention en commission des Finances

by Aicha Diop

Le groupe parlementaire Takku Wallu Sénégal a justifié son abstention lors de l’examen du projet de loi de finances rectificative 2026, rejeté vendredi 23 octobre en commission des Finances de l’Assemblée nationale par la majorité Pastef. L’opposition annonce qu’elle maintiendra cette position en plénière.

Le groupe Takku Wallu Sénégal refuse de se ranger dans le camp de Pastef comme dans celui de l’exécutif. Dans un communiqué diffusé après l’examen du projet de loi de finances rectificative (LFR) 2026 par la commission des Finances et du Contrôle budgétaire, vendredi 23 octobre, l’opposition parlementaire explique pourquoi elle s’est abstenue, alors que la majorité a rejeté le texte. Elle assure qu’elle conservera la même ligne lors du vote en séance plénière, « quelle que soit l’attitude finale de la majorité ».

Son premier grief porte sur la sincérité du budget initial. La LFR ramène les recettes de l’État de 6 188,8 à 5 848,7 milliards de francs CFA, soit 340,1 milliards de moins, et porte le déficit à 7,6 % du PIB, contre 5,4 % prévus. Pour Takku Wallu, cette révision vaut aveu officiel : la loi de finances adoptée fin 2025 reposait sur des prévisions de ressources « non sincères », au mépris de l’article 30 de la loi organique relative aux lois de finances (LOLF). Le groupe relève que les recettes attendues du Plan de redressement économique et social (PRES) reculent à elles seules de 451 milliards, tandis que l’investissement public perd 555 milliards et que le déficit dépasse « plus du double de la norme communautaire ».

L’opposition vise directement Ousmane Sonko. Elle soutient que plusieurs mesures présentées à la Nation comme des sources de revenus par l’ancien Premier ministre « n’ont finalement rien rapporté, de l’aveu même du gouvernement actuel ». Le texte ramène par exemple de 300 à 120 milliards de francs CFA le produit attendu de la taxation des jeux de hasard. Takku Wallu dénonce en outre un « durcissement de la politique de répression fiscale » annoncé dans la LFR, qui viendrait frapper « des entreprises déjà exsangues ».

Le deuxième argument est politique. À en croire le groupe, le débat à l’hémicycle ne porte plus sur l’intérêt national mais oppose « deux alliés qui ont conduit ensemble le pays dans l’impasse ». Il rappelle que le budget aujourd’hui rejeté par Pastef avait été élaboré et défendu par Ousmane Sonko à la Primature, puis promulgué par le président Bassirou Diomaye Faye, qui en aurait ensuite « aggravé les déséquilibres ». Rejeter le texte reviendrait donc, pour l’opposition, à « prendre part à une querelle interne ». Limogé le 22 mai, Ousmane Sonko a été élu président de l’Assemblée nationale quatre jours plus tard, tandis que le chef de l’État a depuis lancé sa propre formation, Kiiraay-Les Patriotes républicains.

Takku Wallu se défend enfin de vouloir paralyser l’État. « Le paiement des agents publics, le fonctionnement des services essentiels et les engagements de la Nation ne doivent pas être pris en otage par une rivalité de pouvoir », insiste le groupe, qui dit refuser de « donner quitus à cette gestion » sans pour autant bloquer les institutions. « Avec cent trente députés, la majorité portera seule la responsabilité de toute paralysie », prévient-il, avant d’estimer que cette LFR « signe l’acte de décès » du PRES.

En commission, les députés de la majorité ont écarté l’ensemble du texte ainsi que deux amendements du gouvernement, représenté par le ministre de l’Économie, des Finances et du Plan, Cheikh Diba, et par le ministre chargé du Budget, Bassirou Sarr. Le groupe Pastef-Les Patriotes conditionne son vote à la préservation des investissements sociaux, à une réduction des dépenses de fonctionnement non prioritaires, à un meilleur contrôle des fonds spéciaux et à la publication des audits de l’Inspection générale des finances sur la dette non financière et du cabinet Forvis Mazars. Il réclame aussi des justifications sur les déficits projetés pour 2026 et 2027.

Le projet de loi, déposé le 18 septembre, intervient dans un contexte de choc pétrolier et de hausse des subventions énergétiques, passées de 250 à 790,3 milliards de francs CFA, ainsi que de négociations en vue d’un nouvel accord avec le Fonds monétaire international. L’examen en plénière, d’abord prévu vendredi, a été reporté au mardi 27 octobre à 10 heures. Takku Wallu annonce de son côté une conférence de presse dans les prochains jours pour exposer ce qu’il qualifie de « dérives de la gestion du duo au pouvoir ».

You may also like