Alors que l’ancien Directeur général de Petrosen Holding Sa, Alioune Guèye, accuse le gouvernement de «bradage» du gisement gazier Yakaar-Teranga au profit de la compagnie italienne Eni, le ministère de l’Energie et du pétrole recadre le débat. Démentant toute attribution de droits, les autorités apportent des précisions techniques sur le découpage des blocs offshore et la portée réelle du protocole d’accord.
Après la polémique sur le retrait «anticipé» de Kosmos de Yaakar-Terranga dénoncé par le Premier ministre, qui aurait coûté plus de 33 milliards F Cfa à l’Etat, le secteur des hydrocarbures sénégalais est au cœur d’une nouvelle controverse opposant le ministère de l’Energie et du pétrole à l’ancien Directeur général de Petrosen, Alioune Guèye. En cause : la signature récente d’un protocole d’accord avec la compagnie italienne Eni et la gestion stratégique du gisement gazier Yakaar-Teranga.
Dans une tribune au ton incisif, Alioune Guèye dénonce ce qu’il qualifie de «bradage de Yakaar-Teranga». Selon lui, le protocole d’accord signé avec Eni porterait notamment sur le bloc Sn07M, qui engloberait le périmètre de Yakaar-Teranga. L’ancien patron de Petrosen soutient que ce gisement de plus de 20 Tcf de gaz récupérable n’a besoin d’aucune nouvelle évaluation, les études techniques ayant déjà été financées et finalisées. Il interroge la décision de rouvrir ce bloc à un acteur étranger alors que Petrosen avait la capacité technique et juridique d’en devenir l’opérateur à 100%.
Ajustement de cartographie
Face à ces accusations, le ministère de l’Energie et du pétrole a immédiatement réagi par un communiqué officiel pour apporter un démenti formel : le ministère précise que la carte invoquée par Alioune Guèye est une version de travail obsolète. Selon le nouveau découpage du domaine pétrolier national, le périmètre de Yakaar-Teranga est désormais référencé sous le bloc Sn08M, et non Sn07M. Le bloc Sn08M ne figure aucunement dans l’accord signé avec Eni, précise le ministère du Pétrole.
Le document signé avec Eni porte sur des études préliminaires (géologiques et géophysiques) menées à ses propres frais sur cinq autres blocs offshore. Il ne s’agit en aucun cas d’un contrat pétrolier ou d’une attribution de droits d’exploration/exploitation. L’autorité ministérielle qualifie les propos de Alioune Guèye de «double contrevérité», rappelant qu’aucun droit n’a été cédé et que Yakaar-Teranga demeure en dehors du champ de cet accord.
Alors que le gouvernement réaffirme sa volonté de promouvoir le bassin sédimentaire dans la transparence, cette passe d’armes illustre la sensibilité extrême entourant la souveraineté sur les ressources gazières et pétrolières du Sénégal.