Home EconomieCheikh Diba a fait faux bond hier à la Commission des finances

Cheikh Diba a fait faux bond hier à la Commission des finances

by Aicha Diop

Alors que l’examen de la Loi de finances initiale (Lfi) 2027 devait débuter ce jeudi 5 novembre 2026 à l’Assemblée nationale, l’absence remarquée du gouvernement a provoqué un véritable coup de théâtre politique. Ce boycott fait suite à un violent bras de fer institutionnel, marqué par le rejet du projet de Loi de finances rectificative (Lfr) 2026 par Pastef et une demande de retrait du Budget 2027 jugée abusive par l’Exécutif. Entre accusations de «manœuvres d’obstruction» et rappels à l’ordre réglementaire, la crise ouverte entre le Pouvoir législatif et le ministère de l’Economie, des finances et du plan atteint son paroxysme. 

Par Bocar SAKHO – C’est une confrontation budgétaire sans précédent au sommet de l’Etat : la crise institutionnelle qui secoue le Sénégal vient de franchir un nouveau cap décisif. Ce jeudi 5 novembre 2026, la tension est montée d’un cran à l’Hémicycle avec l’absence notable du gouvernement lors de la réunion de la Commission des finances et du contrôle budgétaire. Prévue initialement à 9h 00 hier pour examiner les dossiers cruciaux des recettes, de la dette publique et des pouvoirs publics (Présidence, Assemblée nationale, Cour suprême, Conseil constitutionnel, Cour des comptes et Primature), cette rencontre a finalement été reportée au samedi 7 novembre 2026 par un rectificatif officiel signé par Alphonse Mané Sambou, président de la Commission des finances et du contrôle budgétaire.
Ce boycott gouvernemental n’est pas le fruit du hasard : il constitue la réplique directe d’un bras de fer autour de la trajectoire budgétaire du pays, matérialisé par le rejet du projet de Lfr 2026 par la majorité parlementaire (Pastef). Dans un communiqué de presse incisif publié hier, le ministère de l’Economie, des finances et du plan a tenu à informer l’opinion publique nationale et internationale sur les véritables ressorts de cette crise.
Le conflit trouve son origine dans une correspondance institutionnelle claire. Selon le communiqué ministériel, «par lettre n°41/ANS/CFCB du 3 novembre 2026, adressée au ministre, le président de la Commission des finances et du contrôle budgétaire a demandé le retrait du projet de Loi de finances initiale 2027 transmis à l’Assemblée nationale par décret présidentiel». L’argument avancé par la commission repose sur le fait que le rejet de la Lfr 2026 remettrait en cause les hypothèses de référence du Budget 2027, motivant ainsi une exigence de révision totale du texte sur la base de la Lfi 2026.
Cependant, le département dirigé par le ministère de l’Economie pointe du doigt une contradiction manifeste dans la méthode employée par le Parlement. Le document officiel souligne ainsi : «Paradoxalement, le 4 novembre, le même président a convoqué la commission pour le 5 novembre 2026 à 9h, afin d’engager l’examen du budget 2027.»
Face à cette convocation jugée précipitée et pour le moins surprenante, le gouvernement brandit l’argument de la légalité et du respect des procédures. Le ministère rappelle avec force que «tout d’abord, il convient de souligner que l’article 46 de la loi organique n°2025-11 du 18 août 2025 portant Règlement intérieur de l’Assemblée nationale prévoit la convocation des commissions au moins quarante-huit heures avant leur réunion, sauf exceptions liées notamment à l’urgence ou à certains amendements».

Analyse des enjeux : une crise politique aux répercussions économiques majeures
Au-delà de la bataille des chiffres et du calendrier, cet épisode met en lumière une fracture profonde sur la vision de la gestion des finances publiques. L’analyse des textes et de la pratique budgétaire démontre que le lien juridique entre une loi de finances rectificative rejetée et l’élaboration de la Lfi de l’année suivante ne relève pas d’une automaticité absolue.
Le ministère s’attache d’ailleurs à le démontrer en rappelant un précédent historique récent : «En outre, le rejet d’un projet de Lfr n’emporte pas, par lui-même, le retrait de la Lfi de l’année suivante. A titre d’illustration, l’Assemblée nationale a adopté la Lfi de l’année 2026 le 13 décembre 2025, avant la deuxième Lfr 2025, adoptée le 30 décembre 2025.» Cette précision technique fragilise l’argumentation de la commission et met en évidence la volonté manifeste de l’Exécutif de défendre la solidité de sa trajectoire financière.
Pour le gouvernement, la stratégie adoptée par la représentation parlementaire dépasse le simple désaccord technique. Le ministère assène dans son communiqué que «cette succession d’initiatives s’apparente à des manœuvres d’obstruction dont l’objectif serait notamment de compromettre l’assainissement des finances publiques, la relance économique, l’apurement des arriérés de paiement, le soutien de l’Etat aux populations les plus vulnérables et le respect de certains engagements pris vis-à-vis des syndicats de travailleurs dans le cadre du Pacte de stabilité sociale pour une croissance inclusive et durable».
En décidant de bouder cette commission tout en obtenant un report technique de l’examen au samedi 7 novembre 2026, le gouvernement envoie un signal fort : il refuse de plier face à ce qu’il qualifie d’obstruction politique. L’enjeu dépasse largement les clivages partisans, car il touche directement au fonctionnement de l’Etat et à la prévisibilité économique du pays. Le ministère de l’Economie, des finances et du plan conclut son intervention par un vibrant appel à la raison institutionnelle, exhortant les acteurs politiques à dépasser les calculs politiciens : «Le ministère en appelle à la responsabilité pour des questions relatives aux décisions budgétaires qui concernent le quotidien des populations sénégalaises et exigent de la cohérence et le strict respect des lois et règlements.»
Alors que le rendez-vous est désormais fixé à ce samedi, tous les regards se tournent vers l’Hémicycle. Ce bras de fer inédit entre Pastef à l’Assemblée et l’Exécutif saura-t-il trouver une issue consensuelle, ou s’achemine-t-on vers une crise ouverte durable sur l’adoption du budget de la Nation ?

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