En décidant de soutenir la candidature de Macky Sall à l’Onu, le Président Diomaye Faye permet à la diplomatie sénégalaise de reprendre sa marche triomphale pour le prestige du pays.
Par M. GUEYE – La semaine qui vient de s’écouler a été très faste pour la diplomatie sénégalaise. Le premier élément remarquable a été l’accueil triomphal de l’ancien Président Macky Sall à Dakar. Une activité préparée au pied levé s’est transformée en entrée victorieuse à la mode romaine pour un individu que le pouvoir en place et plusieurs de ses thuriféraires vouaient aux gémonies il y a moins de deux années. Ceux qui lui avaient promis un aller simple à la case prison, au cas où il s’aventurerait à poser le pied à Dakar, n’ont pu qu’accuser le coup face au cinglant camouflet que leur a assené la population de Dakar.
Cet accueil et cette visite, qui n’ont juste été que le prétexte recherché par Diomaye Faye pour donner l’onction officielle de son pays à son prédécesseur pour sa candidature au Secrétariat général des Nations unies, a de manière fortuite ouvert la porte à un autre triomphe pour le pays, à la Cedeao cette fois. On a tendance à oublier qu’en juillet 2025, le Président du Sénégal, qui souhaitait prendre la tête de la Cedeao, a subi une grosse humiliation de la part de ses pairs, qui ont préféré élire à sa place le Sierra-Léonais Julius Maada Bio.
Beaucoup d’observateurs, même au Sénégal, avaient perçu cette rebuffade comme un désaveu de la politique menée par le pouvoir «souverainiste» qui venait de s’installer au Palais de l’avenue Senghor. En plus d’accuser Macky Sall d’avoir appauvri le pays à travers ce qu’il a appelé une «dette cachée», le Premier ministre de l’époque, Ousmane Sonko, n’avait pas hésité à chanter les louanges des militaires putschistes qui venaient de prendre le pouvoir à Bamako, à Ouagadougou et à Niamey -et dont les gouvernement ont été mis au ban des instances de la Cedeao. Le langage de Sonko à cette période tendait à accorder plus de légitimité à ces putschistes qu’aux dirigeants de la Cedeao arrivés au pouvoir par la voie des urnes. L’échec de Bassirou Diomaye n’était en quelque sorte que la sanction de l’ambivalence politique de son gouvernement.
Cette même ambivalence a conduit à récuser la candidature annoncée à cette période de Macky Sall à la succession du Portugais Antonio Guterres à la tête de l’Onu. On a même entendu des membres éminents du régime au pouvoir avancer des motifs pour justifier une récusation de ladite candidature. Mieux, au moment où l’Union africaine cherchait à produire une position commune sur un appui à accorder à l’ancien Président, son successeur à la tête du pays s’est arrangé pour briller par son absence à Addis Abeba, et son Premier ministre qui le représentait, a excipé d’un défaut de mandat pour refuser de débattre de ce point. Cela a retardé l’adoubement de l’organisation africaine. Il a fallu le dynamisme de la Présidence burundaise pour surmonter les réticences et endosser la candidature de Macky Sall. Un gros échec pour la diplomatie sénégalaise. Car il venait d’être démontré que Macky Sall n’avait pas besoin de son pays pour battre campagne et -pourquoi pas ?- triompher aux Nations unies. Ce qui serait une grosse honte pour le pays de Senghor et Abdoulaye Wade.
Heureusement qu’aujourd’hui, chaque partie a fini de mettre beaucoup d’eau dans son bissap. Ousmane Sonko sorti du tableau, Macky et Diomaye ont repris leurs bonnes relations de février-mars 2024, quand ils se retrouvaient autour d’un plat cuisiné par Marème Faye à Mermoz, et dissipé toutes les incompréhensions. Aujourd’hui, le Sénégal assume totalement la candidature de Macky Sall, et le porte avec tout le poids de sa diplomatie, ce qui est une très bonne chose pour tout le monde.
Si l’on ne peut encore prédire ce qu’il en adviendra, on peut déjà se féliciter que cette candidature ne déchirera pas le pays en décembre. Si Macky Sall perd ce poste, ses fidèles accepteront ce verdict en attendant d’autres échéances. Et s’il parvenait à triompher, Bassirou Diomaye Faye pourrait se féliciter que le prestige de la diplomatie sénégalaise soit toujours aussi efficace et dynamique. Et même si à la fin, la présence d’un Sénégalais à la tête de la grosse machine onusienne ne pourrait pas grandement influer sur la politique nationale, son rayonnement sera peut-être encore plus grand que celui que nous ont apporté les grandes stars du football comme El Hadj Diouf ou Sadio Mané, ou de la musique comme Youssou Ndour. Un tel pays pourrait difficilement être mis au ban de la communauté financière internationale, comme c’est le cas en ce moment. Et pourrait reprendre la marche vers sa souveraineté économique et politique.
Ceux qui ont la mémoire historique pourraient se rappeler comment le prestige du Birman U Thant a rejailli sur son pays, malgré la dictature militaire qui brimait la population au moment de sa nomination comme Secrétaire général des Nations unies. Avec Macky aux Nations unies et Diomaye à la Cedeao, le Sénégal continuera de gagner partout.