La Banque agricole (Lba) a officiellement lancé, ce mercredi à Dakar, la première cotation de son Fonds commun de titrisation de créances (Fctc) intitulé «Croissance agricole». Avec 80 milliards de francs Cfa mobilisés sur le marché financier de l’Uemoa, l’institution franchit une étape historique pour le financement du monde rural, même si les autorités estiment que les besoins pour atteindre la souveraineté alimentaire restent colossaux. Un «pas de géant» pour le secteur agricole.
Par Justin GOMIS – Après les rares fleurons de l’économie sénégalaise déjà présents en bourse, c’est au tour de La Banque agricole de rejoindre la Bourse régionale des valeurs mobilières (Brvm). Cette opération de titrisation, qualifiée de «baptême du feu» réussi, a permis de lever 80 milliards de F Cfa auprès de 458 investisseurs. Ces ressources sont réparties en deux tranches obligataires sur une durée de 7 ans : l’obligation Senior (Tranche A) est de 60 milliards de F Cfa avec un rendement de 8%, l’obligation Mezzanine (Tranche B) de 20 milliards de F Cfa avec un rendement de 9%.
Soutenir la chaîne de valeur «de la fourche à la fourchette»
Pour Mme Fatma Fall Dièye, Directrice générale de La Banque agricole, cette initiative est une révolution majeure. «Cette opération illustre notre capacité à mobiliser les experts du monde financier au service de l’économie réelle», a-t-elle déclaré. L’objectif est clair : renforcer l’intervention de la banque sur l’ensemble de la chaîne de valeur, de la mise à disposition des intrants à la commercialisation, en passant par la transformation industrielle. Mme Dièye a également souligné que ce succès est le fruit d’un partenariat étroit avec l’Etat du Sénégal dont l’accompagnement a été déterminant pour structurer ce projet innovant s’inscrivant dans la dynamique de souveraineté alimentaire.
Le défi des 3000 milliards de francs Cfa
Malgré le succès de l’opération, le ministre de l’Agriculture, de la souveraineté alimentaire et de l’élevage, Mabouba Diagne, a tenu à relativiser la portée du montant levé face à l’immensité des chantiers nationaux. «C’est une excellente chose de lever 80 milliards, mais comparé aux besoins de notre agriculture, c’est extrêmement faible», a martelé le ministre. Selon ses estimations, pour atteindre la souveraineté alimentaire, le Sénégal aura besoin de 3000 milliards de F Cfa.
Il a notamment rappelé les défis structurels pour les céréales, avec des besoins de plus d’un million de tonnes de riz et 450 000 tonnes de maïs ; 150 milliards de F Cfa d’importations de lait, nécessitant l’acquisition de 200 000 vaches laitières performantes ; et un besoin urgent de 100 000 tonnes de capacité de stockage en hangars, représentant un investissement d’environ 30 milliards de F Cfa. Tout en félicitant les équipes de la banque, le ministre a invité les acteurs bancaires à se montrer encore plus «généreux» pour transformer durablement le secteur.
Un marché de la titrisation en plein essor
De son côté, le Directeur national de la Brvm au Sénégal, M. Félix, s’est réjoui de cette nouvelle admission. Il a précisé qu’en ce début d’année 2026, le marché régional concentre désormais 23 opérations de titrisation. Pour lui, cette dynamique permet une «diversification saine qui atténue les risques de concentration» et renforce la confiance des investisseurs envers les institutions financières locales.