Arrivé dimanche, le dirigeant militaire du Niger, le général Abdourahamane Tiani, a ouvert le bal, onze mois après l’incident du drone malien – abattu par l’Algérie près de la frontière entre les deux pays – qui avait provoqué une rupture des relations diplomatiques entre Alger et les pays de l’Alliance des États du Sahel (Mali, Burkina Faso, Niger).
Alors que le chef de la junte nigérienne était reçu lundi par le président algérien Abdelmadjid Tebboune, le ministre français de l’Intérieur Laurent Nunez atterrissait à son tour à Alger, accueilli par son homologue algérien, pour tenter d’amorcer le dégel d’une crise diplomatique avec l’Algérie ayant atteint en 2025 un sommet historique.
Nombre d’observateurs ont soulevé l’incongruité de ces visites simultanées à Alger, quelques jours après de nouvelles déclarations incendiaires du Niger envers la France, et en particulier de son chef d’état-major, qui affirmait mercredi dernier se préparer à une guerre contre l’ancienne puissance colonisatrice.
La sécurité intérieure, sujet prioritaire pour Nunez
La visite de Laurent Nunez s’inscrit dans le “processus graduel” évoqué en novembre dernier par Emmanuel Macron pour relancer la relation franco-algérienne.
“Ces derniers mois, il y a eu des contacts sécuritaires, des réunions entre spécialistes sur les questions de circulation et d’immigration”, indique une source proche du dossier. “Sur la base des conversations, le ministre a jugé que c’était pour lui le moment d’aller à Alger et de répondre à l’invitation de son homologue.”
Depuis la reconnaissance par la France de la marocanité du Sahara occidental, considérée comme une trahison par Alger, les sujets de tensions se sont accumulés, qu’il s’agisse de l’expulsion des personnes sous OQTF (obligation de quitter le territoire français), de l’affaire Boualem Sansal (finalement libéré le 12 novembre) ou de l’enlèvement en France de l’influenceur algérien Amir DZ, attribué par Paris au régime algérien.
La crise avait atteint en avril un niveau inédit avec des expulsions mutuelles de diplomates.
Depuis, la France a changé de ministre de l’Intérieur. Bruno Retailleau, partisan du bras de fer avec Alger, a cédé sa place à l’ancien préfet de police et directeur de la DGSI (direction générale de la sécurité intérieure). “Un profil plus technique, très bon connaisseur des dossiers sécuritaires et moins tenté de faire de l’Algérie une question politique”, souligne le politologue Hasni Abidi, spécialiste de l’Algérie.