Home A la UNE Sécurité au travail : 1700 ACCIDENTS PAR AN AU SÉNÉGAL

Sécurité au travail : 1700 ACCIDENTS PAR AN AU SÉNÉGAL

by Aicha Diop

La Journée du patronat en matière de sécurité et santé au travail, organisée hier mercredi à Dakar dans le cadre du Mois africain de la prévention des risques professionnels 2026, a remis en lumière des chiffres qui donnent le vertige. Derrière les discours institutionnels, une réalité brutale : le travail reste, à l’échelle planétaire comme au Sénégal, une source de mort et de souffrance évitables.

Par Malick GAYE – Plus de 313 millions de victimes d’accidents du travail recensées dans le monde. 860 000 blessés chaque jour. 6400 personnes qui décèdent quotidiennement des suites d’un accident ou d’une maladie professionnelle, soit 2, 3 millions de morts par an. Ces statistiques, présentées lors de la Journée du patronat par Amadou Massar Sarr, expert de la cellule Sécurité et santé au travail (Sst) du Conseil national du patronat (Cnp), ont résonné comme un rappel à l’ordre dans une salle réunissant emplo­yeurs, représentants syndicaux et responsables institutionnels.

Au Sénégal, le tableau n’est guère rassurant. Selon les données relayées lors de cet atelier, 1700 accidents du travail sont déclarés chaque année dans le pays. Un chiffre qui, de l’avis des spécialistes, ne reflète qu’une fraction de la réalité, tant le secteur informel, qui concentre la majorité de la main-d’œuvre nationale, échappe largement aux dispositifs de déclaration et de suivi.
Pour y remédier, la Direction de la sécurité et de la santé au travail (Dsst) a lancé une phase-pilote de mise en œuvre de nouveaux outils de gestion des risques professionnels. Des modèles de programme et de plan d’actions Sst en entreprise ont été élaborés, présentés comme plus adaptés que le Document unique de gestion des risques en vigueur. L’objectif affiché est d’aider les employeurs à structurer un véritable système de management de la sécurité et de la santé au travail.

Mais la route est encore longue. La pandémie du Covid-19 a certes accéléré la prise de conscience sur les nouvelles formes de risques liées au télétravail et au travail à distance. Mais l’Intelligence artificielle et la numérisation, de leur côté, redessinent la nature même des métiers et des dangers qui les accompagnent. Et le changement climatique vient compliquer davantage l’équation, en introduisant de nouveaux facteurs de risques, particulièrement sensibles en Afrique de l’Ouest.

Face à ces mutations, la Directrice générale du travail et de la sécurité sociale, Mme Ramatoulaye Niang Fall, a réaffirmé la volonté du gouvernement d’intensifier les efforts en matière de prévention. Parmi les engagements annoncés : le renforcement des dispositifs de contrôle, une meilleure collecte et une analyse des données, et l’extension de la couverture Sst aux travailleurs du secteur informel, jusqu’ici largement laissés pour compte.

Pour le Conseil national du patronat, l’enjeu dépasse la simple conformité réglementaire. Investir dans la sécurité et la santé au travail, a martelé son vice-président, Meïssa Fall, «c’est faire le choix de la responsabilité, de la performance et du progrès social». Un discours qui devra toutefois se traduire en actes concrets pour peser face à l’ampleur des chiffres.

Mise à jour du Comité d’hygiène et de sécurité au travail (Chs) : Une réforme en instance

Par M. GAYE
Institué par le décret 94-244 du 7 mars 1994, le Comité d’hygiène et de sécurité au travail (Chs) est obligatoire dans toute entreprise de plus de 50 salariés, ainsi que dans celles dont la nature des travaux est dangereuse ou dont l’équipement présente des risques. Structure paritaire et pluridisciplinaire, il réunit le chef d’établissement, le responsable sécurité, le médecin du travail et trois travailleurs cooptés pour leurs compétences en hygiène et sécurité.
Mais ce cadre juridique, vieux de plus de trente ans, est appelé à évoluer. De nouveaux textes, actuellement en instance de promulgation, prévoient plusieurs changements notables : les travailleurs devront désormais être désignés par leurs pairs, et non plus cooptés ; les chantiers d’une durée égale ou supérieure à six mois comptant moins de 50 travailleurs seront concernés ; les entreprises de moins de 30 salariés pourront se regrouper au sein d’un comité inter-entreprises.
En 2024, 92 nouveaux comités ont été installés au Sénégal par les inspecteurs du Travail. Un progrès réel, mais encore insuffisant au regard de l’immensité du tissu économique informel que ces dispositifs peinent à atteindre.

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