Beaucoup de nos compatriotes ont trouvé une sentence de prime abord humoristique mais qui, au fond, fait amèrement mouche : «Sonko parle le matin, Ousmane le contredit le soir.» Cey Yalla !
Mon petit doigt me dit -jusqu’à preuve du contraire- que le retour de Sonko à l’An et puis, qu’il en devienne le président, est un braquage, mieux, un pillage constitutionnel. Cette position (le Perchoir) semble taillée sur mesure, à titre compensatoire pour la perte brutale de sa maîtrise improductive sur un Exécutif qu’il a suffisamment manipulé, désarticulé, désorienté et mis à genoux. Mais l’apposition lekkuma ci cere ji, da ma ciy xëpp suuf° frise le ridicule si elle constitue (pour ses partisans zélés et lui) une nouvelle forme d’opposition, un nouvel ancrage dans l’opposition démocratique. Un homme (l’homme politique intègre) ne se désagrège pas telle une bombe de destruction massive. L’adage philosophique wolof nous enseigne que «as gor du gédd, du boddi, du soppeeku, du xarab, te du xaxar» ! Oui, faire de l’apposition politique son seul mode d’opposition, son cheval de bataille pour mobiliser des partisans baveux et inconditionnels, c’est tout juste transformer le débat en camp post-it injurieux et funeste. Pour un adepte du xultu°, du xumtu°, du sos°, du xunci° et du weraate°, la position d’opposant est plus facile à endosser que la responsabilité de mettre en œuvre la politique définie par le président de la République avec un peuple pressé, un pays qui demande des solutions et une Nation qui espère trop. Surtout lorsque l’expertise qu’il faut, l’ingéniosité requise et le doigté nécessaire font cruellement défaut.
Il est aujourd’hui temps de parler au gardien de la révolution° (sic) dans un pays où curieusement le pouvoir sort des urnes, dans un pays qui vote paisiblement le dimanche et va gentiment au travail le lundi. Lui dire qu’il est vrai qu’une opposition est vitale dans toute démocratie vivante et lucide (où il n’y a aucune place pour l’idée attentatoire de parti-Etat). Elle existe pour contrebalancer, corriger s’il y a lieu, proposer d’autres chemins. Mais quand elle devient uniquement politico-politicienne, voire populiste, elle trahit sa mission première. Le calcul remplace alors la conviction et la posture tue l’idée. Faire de l’opposition purement populiste, c’est flatter les peurs au lieu d’éclairer les esprits. L’apposition de slogans creux ne construit aucune alternative solide ; un pays ne se gère pas par des cris, des hashtags et des invectives baveuses au quotidien. Essayer de transformer chaque débat en scène de théâtre revient à mépriser l’intelligence collective du Peuple. Le populiste improductif mise sur l’émotion brute et rejette systématiquement l’analyse posée. Cette démarche est un détournement abusif de la fonction même de contrepouvoir. La Nation paie l’addition quand le geste et le verbe populistes font choisir délibérément la facilité bruyante qui crétinise davantage les esprits faibles.
L’Etat s’affaiblit à force de coups bas et de procès d’intention répétés. La République se fissure quand la vérité devient variable selon les camps. Opposer pour exister, pour se dédouaner, pour fuir ou masquer ses responsabilités n’a jamais fait avancer une seule réforme utile et viable. Dénigrer systématiquement revient à nier qu’un adversaire (hier encore présenté comme le meilleur profil possible) puisse avoir raison parfois. La politique politicienne transforme le champ sociétal en arène de gladiateurs. Le Peuple sérieux regarde, s’horrifie, se lasse et se détourne du jeu démocratique. L’abstention grandit dans le sillage de discours sans substance. La jeunesse désabusée cesse de croire aux institutions et à leur sens. Faire de l’apposition à tout vent un réflexe automatique tue la nuance indispensable. Tout devient noir ou blanc, ami ou ennemi, sans espace pour le gris. Le gris, pourtant, dans une démocratie qui se respecte et se fait respecter, est la couleur du compromis intelligent et de la gouvernance réelle et inclusive. On n’assassine pas son pays : le crime envers la Nation commence quand on sacrifie l’intérêt général au profit d’une image à idéaliser, un buzz continuel ou une montée crescendo de sa popularité. Notre Nation, notre Etat, notre République ne sont pas des champs de bataille pour égos en concurrence. Ce sont des maisons communes qu’il faut protéger et entretenir même en désaccord (si ce désaccord existe réellement). L’Etat (dans ses secrets surtout) n’est pas une proie à dépouiller chaque fois que l’on perd une position au cœur du pouvoir. Kilifa day am bammeelu biir waay° !
Le Sénégal que nous chérissons tous, est une jeune et fragile architecture (moins de soixante-dix ans) qu’on doit consolider brique après brique. Chaque institution attaquée gratuitement perd un peu de son aura, de sa superbe, de son autorité. La République meurt quand la loi devient un outil de vengeance politique. Elle meurt une seconde fois quand l’opposition par apposition refuse toute règle sauf la sienne. Et le crime s’aggrave si l’on éduque des citoyens faibles d’esprit à la haine méthodique. Habituer un peuple à insulter ses dirigeants (spirituels, temporels, coutumiers et autres) prépare les révoltes aveugles. Lu waay rendi, ci say loxo lay nàcc°.
Nous savons tous que le populisme vend des illusions en gros et livre à la fin des désillusions au détail. Il désigne toujours un coupable simple pour masquer la complexité réelle. Les problèmes d’un pays ne se résument jamais aux intérêts d’une seule personne, de son égo narcissique, de ses ambitions démesurées. Réduire le diagnostic au nombril d’un messie revient à prescrire un remède qui empoisonne et empeste l’environnement. L’apposition, une simple apposition sans proposition est une stérilité intellectuelle assumée. Doit-on le penser ? Car critiquer sans construire revient tout juste à casser sans savoir rebâtir. Une opposition responsable pointe les failles (si de prime abord elle n’en est pas responsable en premier lieu) et tend des solutions chiffrées.
Aimer son pays, c’est accepter de perdre des positions de pouvoir sans brûler la maison Sénégal. La logique du tout ou rien, du tout pour moi et rien pour les autres est un attentat destructeur, génocidaire contre un Peuple traditionnellement uni, un Etat résilient jusqu’ici et une République sérieuse. On ne détruit pas impunément le pacte social en attisant les rancunes régionales, ethniques, religieuses, générationnelles. Car chaque fracture ouverte restera pour longtemps une plaie qui saigne ; et l’Etat ne pourra plus soigner quand on verse du sel ou du piment sur ses blessures. La République exige des adversaires loyaux, pas des ennemis inconciliables. Le Sénégal n’appartient pas à un parti, car il ne faut jamais confondre le bruit médiatique, les bains de foule ou des processions réussies avec la force politique : le silence du peuple souterrain ne signifie en rien un consentement à la destruction. Un trending topic ne remplace pas un programme de gouvernement crédible (ndax nak ñam nanu sa loxo ci Pres bi°, sur le souverainisme et sur les conséquences nocives de la théorie de la dette cachée).
L’homme politique ne peut pas se prendre pour un pyromane : l’incendiaire applaudit quand le bateau prend feu et coule, oubliant qu’il est dedans. Percer la coque du Bateau Sénégal pour faire chuter le capitaine, c’est couler avec lui, surtout lorsque vous avez été son second pendant deux longues et pénibles années. La grandeur d’un homme politique ne se mesure pas dans les meetings, elle se mérite dans les actes. On ne peut vendre une hache au bucheron et s’attendre à ce qu’il n’abatte que les arbres dans le jardin de son ennemi. Faire abattre l’arbre de l’Etat, c’est priver toute la Nation de son ombre protectrice. Et un édifice s’écroule trop souvent sur la tête de ceux qui l’ont fragilisé.
Un retour nous dit-on et tout le pays va trembler ! Dites à Oussou bool°, Oussou kubéeru cin° que le seul retour que nous attendons impatiemment et avec beaucoup d’espoir, c’est celui de Sadio et de sa bande au lendemain du 19 juillet, avec le graal mondial entre les mains. Bilaahi°, nous tremblerons volontiers comme feuille morte au gré de l’alizé maritime qui sait rafraîchir les âmes et les corps.
L’opposition par et dans l’apposition : où se trouve la cohérence dans les actes ?
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