Le 13 juillet 2026, le Sénégal a présenté sa troisième Revue nationale volontaire (Rnv) au siège des Nations unies à New York. Porté par le ministre de l’Hydraulique et de l’assainissement, Cheikh Tidiane Dièye, ce grand oral a mis en lumière les avancées spectaculaires du pays en matière d’électrification rurale, d’accès à l’eau et de transports décarbonés. Un exercice de transparence salué par la Communauté internationale, qui n’a pas occulté les défis persistants liés à la dette publique et au logement.
En 2016, à peine un habitant sur trois avait accès à l’électricité dans les campagnes sénégalaises. Dix ans plus tard, ce ratio est monté à sept sur dix. C’est avec ce genre de progrès concret en main que Cheikh Tidiane Dièye, ministre de l’Hydraulique et de l’assainissement, s’est présenté à la tribune des Nations unies pour soumettre la troisième Revue nationale volontaire (Rnv) du Sénégal devant le Forum politique de haut niveau pour le développement durable.
Organisé du 7 au 15 juillet 2026 sous l’égide du Conseil économique et social (Ecosoc), ce forum mondial évalue cette année les dynamiques de transition autour de cinq Objectifs de développement durable (Odd) clés : l’eau, l’énergie, l’innovation, les villes durables et les partenariats. Parmi les 36 pays audités cette année, le Sénégal partageait son panel de présentation avec le Cabo Verde et l’Italie. Ce grand oral onusien n’est pas une simple formalité administrative. La Rnv est une auto-évaluation rigoureuse par laquelle un Etat expose ses réussites, identifie ses zones de blocage et partage ses retours d’expérience avec la Communauté internationale.
Pour cette troisième édition, le Sénégal a misé sur l’inclusion : la voix de la Société civile à travers des rapports alternatifs, l’inclusion des minorités via des consultations directes avec les associations de personnes vivant avec un handicap, la décentralisation du suivi avec le tout premier Examen local volontaire complet mené à l’échelle communale par la ville de Pikine. «Cette démarche participative traduit notre volonté de faire régulièrement le point sur la mise en œuvre de l’Agenda 2030, en phase avec nos réalités nationales», a souligné le ministre Cheikh Tidiane Dièye devant l’assemblée des délégués.
Une décennie de progrès mesurables
Intégrés au cœur de l’Agenda national de transformation «Sénégal 2050» et de la Stratégie nationale de développement (Snd 2025-2029), les indicateurs des Odd affichent des hausses significatives sur les dix dernières années. Porté par son ministère de tutelle, l’accès à l’eau potable frôle désormais l’universalité en zone urbaine (97, 8%) et atteint un niveau historique en milieu rural (96%, soit une hausse de près de 9 points en une décennie). L’assainissement rural a lui aussi fait un bond spectaculaire, passant de 37, 5% en 2015 à 64, 5% en 2026. Le taux d’accès à l’électricité à l’échelle nationale est passé de 62% en 2015 à 86% en 2024. Parallèlement, la part du renouvelable dans le mix énergétique a littéralement explosé, passant de 3% en 2016 à 29, 1% aujourd’hui. L’objectif de l’Etat reste d’atteindre les 40% d’ici 2030.
A Dakar, la révolution de la mobilité est en marche. Le Train express régional (Ter) a transporté 23, 1 millions de passagers en 2025 (contre seulement 2, 7 millions dix ans plus tôt sur le réseau ferroviaire classique). Il est désormais secondé par le Bus rapid transit (Brt) 100% électrique, un projet d’envergure qui permet d’éviter le rejet de plus de 53 000 tonnes de CO2 par an dans l’atmosphère de la capitale.
L’exercice de la Revue nationale volontaire exige de la transparence, et le Sénégal n’a pas éludé ses difficultés systémiques, notamment la crise du logement : avec une population urbaine désormais majoritaire (plus de 50%), le pays accuse un déficit estimé à près de 500 000 logements. Bien que la concentration moyenne en particules fines à Dakar ait diminué (passant de 35 à 21, 8 µg/m³), la pollution de l’air reste un enjeu de santé publique majeur pour la métropole.
Transparence et partenariats : le dialogue interactif
La présentation a été suivie d’une phase de questions-réponses dynamique avec les délégations internationales. La représentante de la Gambie, saluant les liens fraternels et historiques qui unissent les deux nations, a interrogé le Sénégal sur ses mécanismes de transparence. Le ministre a rappelé le rôle moteur d’institutions clés telles que l’Ofnac, la Centif et le tout nouveau Pool judiciaire financier. Des efforts couronnés de succès, puisque le Groupe d’action financière (Gafi) a officiellement confirmé le retrait du Sénégal de sa «liste grise» de surveillance renforcée.
Interpellé par la délégation de l’Espagne sur le rôle de la diaspora, Cheikh Tidiane Dièye a défendu la vision d’une «migration bien gouvernée», capable de générer des bénéfices mutuels, allant bien au-delà des seuls transferts financiers pour englober des transferts de compétences techniques et de projets d’entrepreneuriat durables. Enfin, dans une note plus légère, la délégation de l’Irlande a tenu à saluer le parcours inspirant des Lions de la Teranga lors de la dernière Coupe d’Afrique des nations de football.
Pour accélérer la cadence d’ici la date butoir de l’Agenda 2030, le gouvernement mise sur quatre moteurs essentiels : la transformation économique locale structurée autour de zones économiques spéciales, le déploiement du Compact national pour la sécurité de l’eau, la mise en œuvre de sa Contribution déterminée au niveau national (Cdn 3.0) et une stratégie d’ingénierie financière solide pour accompagner la sortie prochaine du Sénégal de la catégorie des Pays les moins avancés (Pma).