«L’opération de vérité» du Premier ministre Sonko a enfoncé l’économie du pays dans le marasme, et tous les efforts de l’Etat pour en sortir ne semblent pas encore convaincre les partenaires étrangers. La preuve avec l’audit de la dette que vient de demander le Fmi, et qui viendrait après plusieurs autres audits réalisés bien avant.
Le 26 septembre 2024, lorsqu’il faisait allègrement exploser la crédibilité financière du pays dont il venait de prendre la charge et qu’il repoussait les partenaires étrangers, le Premier ministre de l’époque, Ousmane Sonko, ne s’attendait certainement pas à ce que le pays ait autant de difficultés pour renouer les relations indispensables à son redécollage. Le plus drôle est que ses actuelles autorités, entièrement convaincues que les sangsues du Fonds monétaire international (Fmi) sont à l’affût pour que le pays leur ouvre les portes afin qu’elles lui sucent le sang, ne comprennent pas pourquoi le même Fmi rechigne à venir travailler avec elles.
La réticence du Fonds s’est manifestée une fois de plus de manière évidente par la directrice de la communication de cet organisme. Mme Julie Kozack a indiqué de manière claire que son institution ne pourrait reprendre sa coopération avec le pays qu’a-près que ce dernier a accompli des efforts dans certains domaines. Il s’agit notamment de réaliser un audit de la dette du pays par un organisme international privé. Mme Kozack souligne que cet audit international pourrait contribuer à «renforcer la crédibilité du processus de vérification», afin de lever les derniers doutes sur la question de la fameuse dette cachée mise en avant par Ousmane Sonko. Il faut noter que sur ce point, ce dernier a semblé opérer un rétropédalage au cours de son entretien avec deux médias français à Dakar. Il a été suivi peu après par l’ancien Premier président de la Cour des comptes, M. Mamadou Faye, sous la direction duquel la Cour avait «validé» la théorie de la dette cachée de M. Sonko.
Cette déclaration a reçu encore plus de force de la part de la Directrice générale du Fmi, Mme Kristalina Georgieva, qui, lors d’un point de presse en marge des Assemblées conjointes du Fmi et de la Banque mondiale en octobre de l’année dernière, a «félicité les autorités qui ont eu le courage de révéler une dette cachée». Quelque temps après, les services de communication du Fonds ont toutefois cherché à corriger ladite déclaration. Malgré tout, au mois de novembre suivant, Edward Gemayel, le chef de mission du Fonds au Sénégal, venait, lui, parler au micro de Rfi d’une «dette cachée d’une ampleur inédite».
Pour estimer ladite ampleur, les partenaires se sont mis d’accord pour commanditer un audit auprès du cabinet d’audit international Forvis Mazars dont, selon ceux qui disent l’avoir consulté, a révélé des écarts importants entre les chiffres officiels et les don-nées réelles. Bizarrement, mal-gré les demandes insistantes de l’opposition, de la Société civile ou de différentes couches de l’opinion, ledit rapport d’audit de Forvis Mazars n’a jamais été rendu public.
Faudrait-il croire que tout cela n’a pas été suffisant ?
Pour complaire au Fmi, le Sénégal a pourtant engagé des réformes, notamment pour «uni-fier les efforts de gestion de la dette», ainsi que d’autres mesures destinées à éviter la reprise de pratiques qui ont conduit à la situation dénoncée par Sonko et ses collaborateurs.
Devrait-on alors considérer que le rapport Forvis Mazars ou le rapport de la Cour des comptes, qui a suivi celui de l’Inspection générale des finances (Igf) du Sénégal, tous ces rapports ne valaient pas grand-chose ? Qui détient la vérité dans cette histoire ? Et surtout, comment l’opinion sera-t-elle vraiment édifiée pour savoir les raisons de tout le temps perdu et de la dégringolade économique et financière du pays depuis le 26 septembre 2024 ?
Il est nécessaire de souligner que les services de Cheikh Diba, interpellés sur la sortie de Julie Kozack, déclarent n’avoir pas discuté avec le Fonds de l’éventualité d’un audit international indépendant.