Le vice-président de l’Assemblée nationale, El Malick Ndiaye, a assimilé le projet de loi de finances rectificative 2026 à « un ajustement structurel », en dénonçant des coupes dans l’eau, l’éducation, la santé et la lutte contre les inondations. Il exclut un vote du texte en l’état.
À deux jours de l’examen en plénière du budget rectificatif, l’ancien président de l’Assemblée nationale durcit le ton contre la copie du Gouvernement. « Quand nous avons reçu cette loi, nous nous sommes rendu compte qu’elle ressemblait davantage à un ajustement structurel », a déclaré El Malick Ndiaye, aujourd’hui vice-président de l’institution, dans un entretien publié par Seneweb. Le responsable de Pastef, qui avait quitté le perchoir en mai pour permettre à Ousmane Sonko d’être élu président de l’Assemblée nationale, met en garde contre les effets des arbitrages budgétaires sur les populations.
Le député cite plusieurs projets touchés par les réductions de crédits. À l’en croire, l’enveloppe du projet d’adduction d’eau devant relier le lac de Guiers à Touba, puis à Dakar, a été amputée de 50 milliards de francs CFA. Il évoque aussi des baisses sur le Projet de gestion intégrée des inondations, ainsi que sur des programmes consacrés à l’éducation et à l’avenir des jeunes. Pour lui, la dépense publique ne peut être jugée sur sa seule rentabilité immédiate : « Construire une école ne génère pas de revenus sur-le-champ, mais ce sera bénéfique dans le futur. Les centres de santé ne font pas de bénéfices, mais ils permettent de soigner la population pour qu’elle soit active et capable de travailler. »
El Malick Ndiaye affirme en outre que l’examen minutieux du document a mis au jour de nombreuses anomalies. « Il y a beaucoup d’irrégularités que nous n’aurions jamais découvertes si nous n’avions pas fouillé consciencieusement », a-t-il soutenu, en jugeant que les explications du Gouvernement n’avaient pas levé toutes les interrogations. Il se défend toutefois de toute opposition de principe : « Nous n’avons pas rejeté pour le plaisir de rejeter. Quand nous avons discuté avec le Gouvernement, nous lui avons fait des propositions. »
Le vice-président de l’Assemblée prévient néanmoins que la majorité ne cédera pas sur le fond. « Nous n’allons pas engager notre responsabilité en votant ce texte. Nous avons proposé d’autres mécanismes. Nous ne voterons pas des projets qui n’ont aucun intérêt pour la population. S’ils utilisent d’autres mécanismes, qu’ils en endossent eux-mêmes la responsabilité », a-t-il averti.
Ces propos prolongent la ligne fixée le 19 octobre par Ousmane Sonko, qui avait dénoncé la baisse de 555 milliards de francs CFA des crédits d’investissement. Vendredi, la commission des Finances a rejeté le projet de loi ainsi que deux amendements du Gouvernement. Le groupe Pastef-Les Patriotes, qui détient 130 des 165 sièges, conditionne son vote à la préservation des investissements et des dépenses sociales, à un meilleur contrôle des fonds spéciaux et à davantage de transparence sur la dette.
De son côté, le Gouvernement justifie la révision par la flambée des subventions énergétiques, passées de 250 à 790,3 milliards de francs CFA, et par un recul de 340 milliards des recettes. Le texte double les bourses de sécurité familiale, portées de 35 à 70 milliards, et prévoit une réforme des aides à l’énergie, ciblées à terme sur les ménages vulnérables. Le ministre de l’Économie, des Finances et du Plan, Cheikh Diba, a assuré que les économies tirées de la fin des subventions généralisées seraient réorientées vers l’investissement productif, la protection sociale, l’éducation et la santé. La LFR conditionne aussi le programme de 2,2 milliards de dollars conclu le 1er septembre au niveau des services avec le Fonds monétaire international.
Le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô tient ce dimanche à 16 heures une conférence de presse du Gouvernement, avant la séance plénière consacrée au texte, prévue mardi 27 octobre à 10 heures.