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contribution : Yakaar-Teranga : Que révèle le différend entre PETROSEN et le Ministère ? – Djibril Watt Aw

by Msow

Yakaar-Teranga : Que révèle le différend entre PETROSEN et le Ministère ?
Le 25 novembre 2025, l’État du Sénégal, suite à une rencontre de la commission chargée de renégocier les contrats, avait décidé de récupérer la licence accordée à Kosmos Energy dans le cadre du projet Yakaar-Teranga.
Selon le ministre Birame Souleye DIOP, cette décision est intervenue suite au non-respect des engagements de la part du contractant. Elle s’inscrivait aussi dans une politique souverainiste visant à promouvoir le potentiel national, en faisant de PETROSEN l’opérateur principal pour développer le projet Yakaar-Teranga à partir du modèle turc, pour une durée de Vingt-sept (27) mois. A cet effet, les autorités sénégalaises faisaient face à trois options :

  • Attendre l’expiration du contrat prévue le 31 juillet 2026, pour procéder à une récupération du projet ;
  • Recourir à la justice pour mettre fin au contrat ;
  • Engager des négociations avec l’opérateur pour parvenir à un retrait à l’amiable.
    In fine, les autorités ont opté pour la négociation et ont mandaté PETROSEN pour mener et diriger les discussions avec l’opérateur.
    A l’issue de ces négociations, un accord conjoint de retrait a été conclu et signé entre PETROSEN et l’opérateur, sans aucune contrepartie, selon l’ancien directeur général de PETROSEN Holding, Mr Alioune Gueye. Les conclusions de cet accord ont ensuite été transmises au ministère de tutelle, en l’occurrence le ministère de l’Énergie, du Pétrole et des Mines, pour approbation.
    C’est à partir de cette étape que le dossier prend une tournure particulière. En effet, l’ancien Ministre Birame Souleye Diop, en charge du secteur, a formulé des réserves sur l’accord. Dans une lettre adressée aux différentes parties le 15 mai 2026, il a notamment demandé à l’opérateur :
  • La transmission des 115 Tera de données sismiques et géologiques, en précisant que seulement 0,9% des données avaient été remises aux autorités ;
  • Le remboursement des 55 millions de dollars correspondant au montant des engagements d’investissement, en application de l’article 19 du code pétrolier et du décret de prolongation du contrat signé en mars 2024 par l’ancien président de la République.
    Et c’est précisément sur l’interprétation de ces dispositions que le différend juridique apparaît. En effet, selon l’ex-directeur général de PETROSEN, cette situation résulte d’une divergence d’interprétation des textes juridiques applicables. Dans sa dernière sortie, il a clairement affirmé qu’après analyse des textes par son équipe, « l’article 19 ne s’applique ici ».
    Par conséquent, nous nous retrouvons face à une situation pour le moins inhabituelle : un accord de retrait négocié et signé par PETROSEN dans le cadre du mandat qui lui a été confié par l’État mais qui n’a toujours pas fait l’objet d’un arrêté ministériel d’approbation. Dans le même temps, le décret de prolongation du contrat est arrivé à expiration le 31 juillet 2026.
    Ainsi, cette situation soulève plusieurs interrogations :
    1- Comment PETROSEN, ayant reçu mandat de l’État pour conduire les négociations, peut-elle parvenir à un accord qui ne reçoit finalement pas l’approbation de son autorité de tutelle ?
    2- Existait-il un plan de négociation clairement défini entre PETROSEN et le ministère avant le début des négociations ?
    3- PETROSEN a-t-elle respecté le mandat et le plan de négociation qui lui avaient été fixés par l’État ?
    4- Enfin, quelles leçons faut-il tirer de cette affaire pour améliorer le cadre juridique, la coordination institutionnelle et la gouvernance des contrats pétroliers et gaziers au Sénégal ?

Djibril Watt Aw
Ingénieur Pétrolier/ spécialisé en Développement et exploitation ;
Ingénieur Analyste ;
Opérateur de production Oïl & Gaz ;
Chimiste et Contrôleur Qualité

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