Après le drame survenu récemment à Yoff, le Collectif des acteurs pour le patriotisme économique (Capes) et le Réseau des journalistes contre l’immigration clandestine (Rejec) veulent renforcer la sensibilisation contre les départs clandestins. Lors d’un point de presse hier, le président du Capes, Cheikh Guèye, a appelé à une mobilisation de tous les acteurs et à une réforme des mécanismes d’accompagnement des jeunes.
Par Abdou Latif Mohamed MANSARAY – Le drame de Yoff remet une nouvelle fois la question de l’émigration clandestine au-devant de la scène. Pour Cheikh Guèye, président du Collectif des acteurs pour le patriotisme économique (Capes), le Sénégal ne peut plus se contenter de constater les pertes en vie humaine. «Depuis 30 ans, ce problème existe», a-t-il rappelé, appelant l’ensemble des responsables à unir leurs efforts pour trouver des réponses durables. Selon lui, la lutte contre le phénomène doit s’attaquer à ses causes profondes, notamment le manque de perspectives économiques pour une partie de la jeunesse. La sensibilisation est nécessaire, mais elle ne saurait constituer l’unique réponse. «On ne peut pas rester les bras croisés, voir nos jeunes Sénégalais, nos petits frères, nos enfants, mourir pour quête de moyens d’existence», a martelé Cheikh Guèye.
Pour le président du Capes, l’Etat dispose déjà de plusieurs instruments susceptibles d’offrir des alternatives aux jeunes. Il cite notamment la Der, le Fongip, l’Adepme, les structures du ministère de la Jeunesse, celles chargées de la modernisation des entreprises, ainsi que les chambres de commerce. Mais le problème résiderait notamment dans l’accès à ces mécanismes. «Ces structures-là, il faut qu’on les reformule et qu’on revoie comment y accéder. Parce que le problème de fond, c’est ça», estime-t-il. L’objectif, selon lui, doit être de permettre à davantage de jeunes porteurs de projets de bénéficier réellement des dispositifs d’accompagnement et de financement.
Cheikh Guèye défend ainsi un changement de paradigme. Pour lui, «aller en Europe, ça ne veut pas dire réussir». Il invite les jeunes à croire davantage aux possibilités de réussite au Sénégal, tout en demandant à l’Etat de créer les conditions permettant de rendre cette ambition concrète.
Le Rejec mobilisé
Le Capes compte également s’appuyer sur le Réseau des journalistes contre l’immigration clandestine (Rejec) pour intensifier la sensibilisation. La cible est double : les jeunes, mais aussi les parents, souvent confrontés aux conséquences humaines et sociales des départs clandestins. «Un jeune qui meurt peut détruire une famille», a souligné le président du Capes. D’où la nécessité, selon lui, de multiplier les campagnes d’information afin de déconstruire l’image d’une Europe synonyme de réussite et de montrer les risques liés aux traversées clandestines. Le responsable assure que le Capes et le Rejec sont disposés à «faire tout ce qu’il faut» pour contribuer à l’éradication du phénomène. Mais cette bataille, insiste-t-il, doit être collective et s’inscrire dans la durée.
Plaidoyer auprès des partenaires
Le Capes appelle enfin les partenaires internationaux à renforcer leur accompagnement. Cheikh Guèye cite l’Union européenne, le G7, ainsi que les coopérations allemande, italienne et belge, et Enabel. Il souhaite que ces partenaires soutiennent davantage les initiatives permettant de créer des opportunités économiques au Sénégal.
Le président du Capes évoque notamment le Sine-Saloum et le Ferlo parmi les zones où les départs clandestins restent préoccupants. Son message est clair : avant de prendre la mer au péril de leur vie, les jeunes doivent pouvoir envisager d’autres perspectives. Pour Cheikh Guèye, la lutte contre l’émigration clandestine ne peut donc pas se résumer à empêcher les départs. Elle doit surtout consister à donner aux jeunes des raisons économiques et sociales de rester au Sénégal.