Alors que le pays fait face à de nouveaux défis économiques, le Groupe secteur privé et développement (Gspd) et le Conseil national des dirigeants d’entreprise du Sénégal (Cndes) sont montés au créneau ce jeudi pour dénoncer la détention «injuste» de Khadim Ba, Pdg de Locafrique. Animée par Birane Yaya Wane, cette conférence de presse a mis à nu les incohérences flagrantes de l’administration des Douanes et a alerté sur une grave faille du Code des douanes qui menace la sécurité juridique de tous les investisseurs sénégalais. Les leaders du secteur privé appellent à une intervention urgente du chef de l’Etat.
Par Amadou MBODJI – Le Groupe secteur privé et développement (Gspd) et le Conseil national des dirigeants d’entreprise du Sénégal (Cndes) ont tenu une conférence de presse, ce jeudi, pour exprimer leurs vives inquiétudes sur le climat des affaires. Menée par Birane Yaya Wane, président du Cndes, cette rencontre a mis en lumière le dossier judiciaire de Khadim Ba, Pdg de Locafrique, dont la détention est jugée infondée et symptomatique d’une faille juridique majeure qui menace l’ensemble des investisseurs au Sénégal.
Face aux journalistes, les responsables des deux organisations patronales n’ont pas mâché leurs mots, qualifiant la détention de Khadim Ba d’«injustice qui ne peut plus durer». Entrepreneur 100% privé, n’ayant jamais bénéficié d’argent public ni occupé de poste gouvernemental, M. Ba est présenté comme l’homme qui a financé l’Etat et sécurisé l’approvisionnement énergétique du Sénégal entre 2011 et 2022. A l’époque, face à un Etat en défaut de paiement et une Société africaine de raffinage (Sar) incapable de régler ses fournisseurs -ce qui avait provoqué les graves émeutes de l’électricité en 2011-, Khadim Ba a préfinancé lui-même, à ses propres risques, les importations de fuel. Une intervention salvatrice qui a permis d’alimenter les foyers, les hôpitaux et les entreprises, alors même que l’Etat lui doit encore des sommes considérables pour ces cargaisons jamais remboursées.
Aujourd’hui, cet acteur clé se retrouve pourtant derrière les barreaux pour trois accusations douanières : faux documents (bateaux fictifs), droits d’importation impayés et non-rapatriement de devises.
Les trois incohérences flagrantes de l’accusation
Le Gspd et le Cndes soutiennent que l’ensemble des accusations sont formellement réfutées par des documents officiels et par les conclusions d’un expert mandaté par la Justice elle-même : la Sar, l’expert judiciaire indépendant et Dakar-Pétrole ont tous confirmé de manière officielle, pièces à l’appui, l’arrivée des bateaux et le règlement des droits de douane. La Douane se retrouve ainsi dans la position absurde de contester la réalité de livraisons dont elle a elle-même encaissé et tamponné les quittances.
D’après le patronat du privé, les transactions se sont déroulées en F Cfa sur le sol national, validées par la Bceao. Rien n’a quitté le territoire. De surcroît, l’expert judiciaire a établi que Khadim Ba a en réalité rapatrié quatre fois le montant que lui réclame l’administration douanière. D’après les deux organisations, il a été arrêté à son bureau la veille de sa convocation officielle, et il aurait «été auditionné sans la présence de ses conseils».
Les organisations patronales dénoncent un traitement discriminatoire flagrant, rappelant qu’en décembre 2024, un ressortissant tchèque s’est vu accorder un accord à l’amiable, payant seulement 32 millions de Cfa pour une réclamation de 200 milliards avant de pouvoir quitter le pays en toute liberté. A l’inverse, le citoyen sénégalais Khadim Ba est envoyé en prison.
Une faille légale majeure dans le Code des douanes
L’affaire met en lumière une anomalie systémique du Droit sénégalais : en matière douanière, contrairement au Droit pénal général, le juge ne dispose pas du pouvoir de vérifier la validité d’un procès-verbal de la Douane. Même si le rapport des Douanes s’avère incohérent ou infondé, le juge est légalement obligé de placer le prévenu en détention. Une violation manifeste des droits fondamentaux qui peut frapper n’importe quel opérateur économique au Sénégal.
Un appel pressant au président de la République
Face à ce qu’ils qualifient de «main invisible» cherchant à maintenir Khadim Ba en prison, alors même que son co-accusé potentiel a été libéré, le Gspd et le Cndes ont lancé un appel solennel au chef de l’Etat. Ils demandent la libération immédiate de Khadim Ba afin de lui garantir un procès équitable ; une réforme urgente du Code des douanes pour protéger les citoyens contre cette faille juridique ; ainsi qu’une clarification sur le traitement de faveur accordé aux investisseurs étrangers au détriment des nationaux. Pour le secteur privé, le message est clair : «On ne peut pas construire un Sénégal fort en emprisonnant ceux qui l’ont porté à bout de bras.»