Home SociétéFaits diversOuverture du dialogue : LE BAL DES ANCIENS

Ouverture du dialogue : LE BAL DES ANCIENS

by Aicha Diop

Alors que le Président Bassirou Diomaye Faye s’apprête à lancer une série de consultations avec les anciens premiers ministres à partir du 21 mai 2026, l’initiative suscite de vives tensions politiques. Entre le boycott frontal du Fdr, de l’Alliance pour la République (Apr) et les réserves méthodologiques de la Société civile, la stratégie présidentielle est déjà mise à l’épreuve.

Par B. SAKHO – Le paysage politique sénégalais s’anime à nouveau autour de l’exercice, pourtant traditionnel, du dialogue national. Par un communiqué officiel, le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, avait annoncé la tenue d’un «Dialogue national» s’étendant du 21 au 31 mai 2026. Pour ouvrir le bal, le chef de l’Etat entame, dès ce jeudi, des audiences ciblées avec une impressionnante liste d’anciens premiers ministres, allant de Idrissa Seck et Amadou Ba à Aminata Touré, Moustapha Niasse ou encore Mame Madior Boye, en passant par Cheikh Aguibou Soumaré. Ainsi que d’anciens ministres, notamment ceux qui avaient en charge les Finances et la Sécurité intérieure, «pour échanger sur la situation économique, sociale, sécuritaire et politique nationale, en lieu et place des grandes rencontres publiques antérieurement organisées». Si l’initiative affiche une volonté de puiser dans l’expérience de l’Etat, elle se heurte déjà à un mur de contestations qui interroge la forme et le fond de la démarche.

Le boycott catégorique de l’Apr
La réaction la plus virulente est venue de l’opposition, et plus particulièrement du Front pour la défense de la République. Dans un communiqué visuel diffusé sous forme de bannière rouge vif, le ton est on ne peut plus clair. Le Fdr rejette en bloc l’appel au dialogue lancé par le chef de l’Etat. «Le Fdr n’est pas concerné par l’initiative du président de la République. Par conséquent, le Fdr n’y participera pas», indique l’organisation d’une manière brève et sans équivoque. Ce boycott assumé met en lumière les profondes lignes de fracture qui persistent entre le pouvoir en place et une frange déterminée de l’opposition. En qualifiant l’événement d’initiative purement présidentielle dont il se détache totalement, le Fdr choisit de pratiquer la politique de la chaise vide. Pour le collectif, cette concertation ne semble pas réunir les conditions de transparence ou d’inclusivité nécessaires pour justifier sa présence.
Dans un communiqué officiel daté du 19 mai, le Secrétariat exécutif national de de l’Alliance pour la République (Apr), a aussi exprimé une fin de non-recevoir claire et nette : le parti n’enverra aucun mandataire à ces consultations.
L’Apr dénonce une «opération de consultation ciblée», qui rompt délibérément avec une décennie de «dialogue républicain, transparent et inclusif». Le parti reproche notamment au Président Faye d’ignorer les acteurs majeurs de l’espace public -à savoir les partis politiques et les coalitions constituées- et de naviguer à vue sans préciser les termes de référence, l’agenda, ni les finalités réelles de ces rencontres. Pour l’opposition, cette démarche est en deçà des acquis du décret de 2016 qui encadrait le dialogue national.

La Société civile entre approbation et inquiétude
Le malaise ne se limite pas à la sphère politique. Un large front d’organisations de la Société civile (incluant le Cosce, le Forum du justiciable, la Raddho, le Gradec ou encore la Ligue sénégalaise des droits de l’Homme) a également partagé ses doutes. Si ces organisations saluent sur le principe l’initiative de dialogue prise par le chef de l’Etat, elles s’inquiètent ouvertement du «manque de visibilité et de transparence du processus». Exigeant plus de clarté sur les modalités de participation, la Société civile a d’ailleurs convoqué un point de presse ce jeudi pour exprimer publiquement ses exigences de transparence.
Ce début de dialogue met en lumière le défi méthodologique auquel fait face le Président Diomaye Faye. En choisissant de consulter d’abord des personnalités individuelles (les anciens premiers ministres) plutôt que des blocs politiques constitués, l’Exécutif semble vouloir contourner les lourdeurs des coalitions traditionnelles pour privilégier une approche plus institutionnelle ou technique.
Cependant, cette stratégie de rupture présente un double risque : en se mettant à dos l’Apr et potentiellement d’autres forces de l’opposition, le dialogue perd de sa substance inclusive et pourrait être perçu comme un monologue ou une simple formalité de communication. Quid du déficit de confiance ? Les réserves de la Société civile prouvent que l’exigence de transparence reste une priorité absolue pour les Sénégalais. Sans termes de référence clairs, la suspicion d’un agenda caché pourrait fragiliser les conclusions de ces dix jours de concertation.
Le démarrage de ces audiences, ce 21 mai, sera donc scruté de près. Le Président Faye réussira-t-il à rectifier le tir et à rassurer les Forces vives de la Nation, ou ce dialogue est-il condamné à accoucher d’un consensus fragile ? Les prochains jours seront décisifs pour la suite du quinquennat.

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