L’entrée du Sénégal dans l’ère de l’économie extractive à haute intensité n’est plus une perspective lointaine, mais une réalité palpable. Avec la mise en production du champ pétrolier offshore de Sangomar et les promesses du projet gazier Grand Tortue Ahmeyim (Gta), le paysage économique national se redessine. Toutefois, ce basculement soulève des défis majeurs : la répartition équitable de la rente, l’efficacité du contenu local et la gestion préventive des tensions sociales.
Pour Mamadou Lamine Dianté, président du Hcds, qui a ouvert hier la 43ème Assemblée plénière, l’enjeu est de répondre aux attentes profondes des citoyens : «Cette nouvelle configuration de notre tissu économique exige une large appropriation nationale. L’exploitation et la gestion des ressources naturelles doivent se faire dans la transparence, afin de générer une croissance économique réelle et de promouvoir le bien-être de la population.»
Au cœur des débats se trouve l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (Itie). Le secteur extractif est, par nature, un terrain où s’entrechoquent les intérêts de l’Etat, des multinationales, des travailleurs et des communautés locales. Pour réguler ces rapports de force souvent inégaux, le dialogue doit s’adosser à des chiffres incontestables. Thialy Faye, président du Comité national Itie Sénégal, a rappelé que la transparence est l’unique gage de confiance : «L’expérience internationale montre que les ressources naturelles peuvent constituer soit un puissant levier de transformation, soit une source de tensions et d’inégalités lorsqu’elles ne sont pas gouvernées de manière participative.»
Il a précisé que les rapports Itie fournissent désormais des données cruciales sur les flux de revenus, les transferts aux collectivités territoriales et les bénéficiaires effectifs, permettant au dialogue social de s’ancrer dans la réalité factuelle plutôt que dans la spéculation.
Les trois piliers de la stabilité
L’assemblée a identifié trois axes prioritaires pour bâtir la stabilité du pays : la redistribution équitable pour les populations des zones minières et pétrolières, qui attendent des retombées concrètes en termes d’infrastructures.
Il faut y ajouter le contenu local, qui ne doit plus être une simple règle administrative, mais un outil de transformation bénéficiant réellement aux entreprises et travailleurs nationaux. Sans oublier la médiation sociale : le Hcds, par sa nature tripartite (Gouvernement, Employeurs, Syndicats), a pour mission de prévenir les conflits fonciers et environnementaux.
Cette rencontre s’inscrit dans la continuité des orientations du président de la République. Lors du Conseil des ministres du 12 novembre 2025, le chef de l’Etat avait insisté sur l’activation du Fonds de réhabilitation minière et du Fonds de développement des collectivités territoriales.
Le Hcds entend transformer ces directives en recommandations opérationnelles. Comme l’a souligné M. Dianté, l’institution fait preuve d’anticipation, ayant consacré des sessions prospectives aux hydrocarbures bien avant l’extraction des premières gouttes de brut. Le Sénégal aborde cette phase avec des atouts solides, notamment une note de 89/100 lors de sa dernière validation par l’Itie internationale, confirmant son leadership africain en matière de redevabilité.
L’objectif final de cette plénière à Saly est de faire en sorte que l’or noir et le gaz soient le ciment d’une nouvelle cohésion nationale. «L’enjeu est que les ressources deviennent un facteur de prospérité partagée et non de fracture sociale », a conclu Thialy Faye. Les travaux se poursuivent avec les experts du Comité national de suivi du contenu local (Cnscl), afin d’outiller les mandants pour qu’ils pèsent concrètement sur les décisions futures du secteur.