Home A la UNESerigne Guèye Diop plaide pour une souveraineté pharmaceutique : «Nous devons produire nos médicaments»

Serigne Guèye Diop plaide pour une souveraineté pharmaceutique : «Nous devons produire nos médicaments»

by Aicha Diop

Par Abdou Latif Mohamed MANSARAY – L’industrie pharmaceutique occupe désormais une place centrale dans la stratégie de souveraineté nationale. Pour le ministre de l’Industrie et du commerce, Serigne Guèye Diop, le constat est sans appel : «L’industrie pharmaceutique est une industrie extrêmement stratégique, une question de souveraineté. La pharmacie, c’est aussi du commerce», a-t-il affirmé, appelant à un changement profond de modèle.
Revenant sur la crise sanitaire mondiale, il a rappelé l’épisode des négociations de vaccins : «On nous a annoncé des doses destinées au Sénégal, mais finalement on nous a dit qu’on ne pouvait pas nous en donner, car les pays producteurs en avaient besoin eux-mêmes. Cela m’a fait réfléchir : peut-on continuer à dépendre du reste du monde pour nos médicaments ?» Dans cette logique, le ministre plaide pour une rupture structurelle. «65 ans après les indépendances, la voie est claire : il faut produire nous-mêmes», insiste-t-il, citant des exemples comme l’Algérie et l’Inde, devenues des références en matière d’industrie pharmaceutique.
Le gouvernement a ainsi engagé la création de zones industrielles dédiées. «Nous avons trois pôles : Diamniadio, Diass avec 700 hectares, et Touba avec 200 hectares, destinés à la production de médicaments et d’équipements de laboratoire», précise le ministre, qui vise une montée en puissance progressive de la production locale. L’ambition affichée est de taille : «Comment passer de 5% de production à 50%, voire 80% de nos besoins ? C’est le défi que nous devons relever ensemble», ajoute-t-il, appelant chercheurs et universitaires à s’impliquer davantage.
Sur le plan du financement, il alerte également : «Aujourd’­hui, nous consacrons environ 0, 5% des budgets à la recherche. C’est largement insuffisant pour atteindre nos objectifs.» Il dénonce aussi les circuits d’approvisionnement actuels : «Nous importons encore nos médicaments en passant par des pays tiers. C’est inacceptable. Nous devons aller directement vers les pays producteurs.»
Dans le même esprit, le Pr Bara Ndiaye, Doyen de la Faculté de médecine et de pharmacie, représentant du Recteur de l’Université Cheikh Anta Diop, a dressé un constat préoccupant. «Entre 70 et 90% des médicaments consommés en Afrique sont importés», a-t-il rappelé, soulignant les risques de rupture d’approvisionnement et la dépendance du continent. Selon lui, la pandémie du Covid-19 a servi d’électrochoc : «Elle a montré que chaque région privilégie ses propres besoins, laissant les autres dans une grande vulnérabilité sanitaire.» Pour le professeur, la solution est claire : «La redynamisation de la production pharmaceutique locale n’est pas une option, mais une nécessité stratégique.»
Il insiste également sur les retombées économiques : «Développer une industrie pharmaceutique forte, c’est créer des emplois qualifiés et stimuler l’innovation scientifique.» Enfin, il ouvre la réflexion sur l’avenir technologique du secteur : «L’Intel­ligence artificielle, la robotique et les biotechnologies transforment déjà la recherche pharmaceutique. L’Afrique doit s’y inscrire pleinement.»

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