Lors d’un panel de haut niveau sur les défis technologiques du continent, le docteur Papa Guèye, Commissaire de police divisionnaire et expert international en cybersécurité, a plaidé pour une mutation profonde des stratégies de défense africaines. Entre maîtrise de l’information et intégration de l’Intelligence artificielle (Ia), il dessine les contours d’une souveraineté numérique indispensable pour garantir la stabilité des Etats face aux menaces hybrides.
Par Justin GOMIS – Le numérique n’est plus une option, c’est le nouveau front de la sécurité africaine. Co-animateur du panel intitulé «Les défis de la souveraineté numérique et technologique : quelles stratégies pour l’Afrique ?», aux côtés de Ibrahima Nour Eddine Diagne (Administrateur général de Gaindé 2000), le Commissaire divisionnaire Dr Papa Guèye a livré un plaidoyer rigoureux pour une révolution doctrinale. Car l’information est une arme de déstabilisation massive.
Pour cet expert international en cybersécurité, l’information est devenue le nerf de la guerre moderne. «Aujourd’hui, l’information est un véritable champ de bataille. Elle peut stabiliser un Etat ou, au contraire, le fragiliser», a-t-il martelé. Dans un contexte de guerre hybride, le contrôle du récit est aussi vital que le contrôle du territoire. Selon Dr Guèye, la souveraineté passe par la capacité des Etats africains à influencer les décisions et à altérer les rapports de force en leur faveur.
Cette réalité impose un changement de paradigme opérationnel. L’expert distingue deux approches : la logique de réaction avec une action post-crise, souvent tardive ; et la logique de prévention proactive pour anticiper et neutraliser la menace avant qu’elle ne se concrétise. «Ainsi, nos Etats pourront non seulement réagir, mais empêcher les menaces de se manifester», a-t-il précisé.
L’Ia : de la prospective à l’instrument de défense
L’Intelligence artificielle est le levier central de cette stratégie proactive. Loin d’être une simple mode technologique, le Commissaire Guèye la définit comme un «levier de puissance» qui redéfinit déjà les équilibres mondiaux. Elle permet de passer d’une gestion de crise subie à une maîtrise des risques. «L’Ia n’est plus du domaine de la prospective. C’est déjà un outil de défense, un instrument de renseignement et un levier d’influence stratégique», a-t-il souligné. Le champ de confrontation s’est déplacé : du terrain physique vers les systèmes numériques et les espaces informationnels.
Pour s’imposer dans ce nouvel espace, Dr Guèye appelle les Etats africains à maîtriser trois piliers : la supériorité opérationnelle pour aller plus vite et avec plus de précision que l’adversaire ; l’anticipation stratégique pour déceler les signaux faibles pour ne jamais être pris de court ; et la domination informationnelle pour maîtriser le flux et la véracité des données.
Vers une doctrine africaine de cyberdéfense
En tout cas, le Commissaire divisionnaire a exhorté le continent à ne plus être un simple consommateur de technologies, mais à bâtir sa propre architecture de sécurité. Cela passe par la structuration d’un écosystème stratégique dédié, le développement des talents locaux et la construction d’une cyberdéfense collective. Parmi ses recommandations phares : la création de cellules nationales d’Intelligence artificielle dédiées à la défense et à la sécurité, piliers d’une Afrique résiliente et souveraine dans le cyberespace.