Récit d’une audition sans filtre, entre offensive diplomatique et défense de soi.
Par B. SAKHO – Derrière les sourires de façade, l’ambiance était studieuse dans la suite occupée par l’ancien Président, à quelques encablures du siège des Nations unies. Selon nos informations, une équipe restreinte a peaufiné chaque élément de langage. L’enjeu ? Transformer l’héritage en un «atout de leadership» capable de gérer des crises mondiales. Macky Sall ne s’est pas présenté en candidat «repentant». En coulisse, il a insisté sur son image de «dernier rempart contre le chaos», une posture qu’il espère séduisante pour un Conseil de sécurité obsédé par la stabilité.
L’échange de ce lundi n’était pas qu’une simple rencontre ; c’était un test de résistance. Interpellé par des représentants d’Ong sur les victimes des manifestations, l’ancien chef d’Etat a troqué la langue de bois diplomatique pour un «coup de gueule» calculé.
Lorsqu’un activiste a évoqué les «80 morts», le silence s’est fait pesant. C’est là que Macky Sall a dégainé l’argument de l’abrogation de la loi d’amnistie : «On saura qui est qui.» Une manière de dire : «Si vous ouvrez la boîte de Pandore, vous y passerez aussi.» L’un des moments les plus stratégiques s’est joué sur la question des droits Lgbtq+. S’il défend la «dignité humaine», il a rappelé sa fermeté face à Obama en 2013, un signal fort envoyé aux pays du Sud et aux monarchies du Golfe dont les votes sont cruciaux. «Je n’ai jamais accepté qu’on me l’impose», a-t-il martelé, se posant en champion de la souveraineté culturelle.
Le grand absent présent partout : le gouvernement actuel de Bassirou Diomaye Faye. En coulisse, la délégation de Macky Sall sait que le manque de «soutien national» pourrait être un handicap, l’ancien Président joue la carte du panafricanisme de substitution. Il s’appuie sur un réseau de chefs d’Etat amis (le Burundi notamment, qui a introduit sa candidature) pour prouver qu’il est le candidat de l’Afrique, à défaut d’être celui du Sénégal.
Macky Sall joue son va-tout. A New York, il ne cherche pas seulement un poste, il avance vers son destin à travers la diplomatie du miroir : renvoyer à l’accusateur sa propre image pour neutraliser la critique. En attendant, le «Grand oral» officiel devant l’Assemblée générale demain, cette rencontre avec la Société civile n’était que l’échauffement.