Home AfriqueL’Éthiopie et le Tigré sont-ils à nouveau au bord de la guerre ?

L’Éthiopie et le Tigré sont-ils à nouveau au bord de la guerre ?

by Aicha Diop

C’est l’un des conflits les plus meurtriers de ces dernières années et il menace de refaire surface. Le Tigré connaît un regain de tensions avec le gouvernement fédéral éthiopien, qui a massé des troupes aux abords de sa province septentrionale et accuse l’Érythrée de soutenir les Forces de défense du Tigré (TDF).

En janvier, des drones de l’armée fédérale ont visé des positions des forces tigréennes tandis que des affrontements directs ont eu lieu à Tselemt (ouest du Tigré), une zone agricole revendiquée par des milices de la région voisine de l’Amhara.

La tension monte entre l'Ethiopie, la région rebelle du Tigré et l'Erythrée
La tension monte entre l’Ethiopie, la région rebelle du Tigré et l’Erythrée. © Studio graphique de France 24

Les liaisons aériennes vers le Tigré ont également été suspendues plusieurs jours en début d’année, une première depuis l’accord de paix conclu à Pretoria fin 2022. Un isolement qui a fait exploser le prix des transports en car tandis que la peur d’une escalade militaire s’installe au sein de la population.

« Les Forces de défense nationale éthiopiennes encerclent le Tigré », a affirmé, le 17 février à l’AFP, une source sécuritaire ayant requis l’anonymat.

La semaine dernière, le président du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), Debretsion Gebremicheal, a déclaré que la guerre « menaçait » le Tigré et que « le peuple serait dans l’obligation de résister à l’agression et de se défendre pour préserver son existence ».

« Alliance tactique » avec l’Érythrée

Depuis plusieurs mois, la situation est tendue dans le nord de l’Éthiopie. Des forces amharas – alliées du gouvernement fédéral pendant la guerre au Tigré – et érythréennes sont toujours présentes dans la région, en violation de l’accord de paix de Pretoria qui prévoyait leur retrait, mais auquel elles n’ont pas participé. Les milices amharas occupent notamment l’ouest du Tigré, une région agricole fertile, que le TPLF compte bien récupérer.  

L’accord mentionnait également le retour de 1,5 million de Tigréens déplacés par les combats. Mais le processus prend du temps et le TPLF accuse le gouvernement fédéral d’entraver ces retours. En attendant, des centaines de milliers de personnes, 750 000 selon le Haut-commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR), survivent dans des conditions humanitaires déplorables.

Début février, Addis-Abeba a sommé l’Érythrée de « retirer immédiatement ses troupes du territoire éthiopien et de cesser toute forme de collaboration avec les groupes rebelles », ce que les TDF contestent.

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« En réalité, personne ne joue le jeu de cet accord de Prétoria, notamment les Érythréens, qui ont été très contrariés de ne pas avoir été conviés aux discussions », estime Patrick Ferras, docteur en géopolitique et président de l’association Stratégies africaines. 

Après avoir opportunément combattu ses rivaux tigréens aux côtés de l’armée fédérale éthiopienne, Asmara semble en effet avoir récemment noué un pacte sécuritaire avec les insurgés, malgré les nombreux crimes de guerre commis par les troupes érythréennes entre 2020 et 2022. 

« C’est une alliance purement tactique et temporaire qui n’a rien de sincère, tout comme l’était l’alliance entre l’Érythrée et le gouvernement fédéral pendant la guerre », précise l’expert. « S’il y a bien deux entités qui détestent le TPLF, c’est l’Éthiopie d’Abiy Ahmed et l’Érythrée. »

Indépendante depuis 1993, l’Érythrée est restée officiellement en guerre avec l’Éthiopie jusqu’en 2018, année de l’arrivée au pouvoir d’Abiy Ahmed. Une réconciliation historique qui vaudra au dirigeant le prix Nobel de la paix en 2019.

Le baroud d’honneur du TPLF ?

Mais dans le même temps, le nouveau Premier ministre sème les graines d’une guerre, civile cette fois, en marginalisant le Front populaire de libération du Tigré, parti qui a dominé pendant presque trois décennies le paysage politique éthiopien. Ce dernier perd son statut de parti en 2020 avant d’être radié cinq ans plus tard.

Face aux velléités d’autonomie de cette région dynamique et prospère, Abiy Ahmed s’engage dans une guerre totale contre les TDF, le bras armé du parti tigréen. Pendant deux ans, les combats font plus de 600 000 morts, selon une estimation de l’Union africaine, et laissent le Tigré exsangue. 

Affaibli par la guerre et miné par des divisions internes entre partisans de la ligne dure et opposants à la vieille garde du parti, « le TPLF a un rôle de plus en plus minime et ne pourra pas se présenter aux élections générales du 1ᵉʳ juin. Il ne devrait plus avoir aucun représentant dans la région. Ce regain de tensions est une manière pour le parti, qui joue sa survie, de continuer à exister, de montrer qu’il est toujours capable de défendre le Tigré », décrypte Patrick Ferras.

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