La compagnie publique qatarie QatarEnergy a annoncé lundi 2 mars la suspension complète de sa production de gaz naturel liquéfié (GNL) après des frappes iraniennes contre deux de ses sites majeurs. La réaction des marchés a été immédiate. Le contrat à terme du TTF néerlandais, référence européenne du gaz naturel, s’est envolé de plus de 50% dans l’après-midi, atteignant un pic à 49,14 euros le mégawattheure – un sommet depuis février 2025. Il restait cependant encore très loin des niveaux atteints en 2022 au début de la guerre en Ukraine, où il avait dépassé les 300 euros.
Les prix du brut ont suivi la même trajectoire. Le baril de Brent de la mer du Nord grimpait de plus de 13%, dépassant les 82 dollars en séance — contre 60 dollars en début d’année. Son équivalent américain, le WTI, bondissait de 7,62% à 72,13 dollars. « Les frappes contre l’Iran menées par les États-Unis et Israël ont ravivé la question la plus déterminante en matière de sécurité énergétique pour l’économie mondiale », résume Simone Tagliapietra, analyste au centre de réflexion européen Bruegel, évoquant le risque de perturbation des flux transitant par le détroit d’Ormuz.
Qatar, troisième exportateur mondial
Deux drones iraniens ont visé dans la nuit les zones industrielles de Ras Laffan et de Mesaieed, au Qatar. Le premier a ciblé une installation de traitement du gaz à Ras Laffan, principal site de production de GNL du pays, situé à 80 kilomètres au nord de Doha. Le second a frappé un réservoir d’eau d’une centrale électrique à Mesaieed, base clé de la production gazière, à 40 kilomètres au sud de la capitale. Aucune victime n’a été signalée.
QatarEnergy a aussitôt cessé toute production de GNL et de produits dérivés. La décision a pesé immédiatement sur les marchés. « Le Qatar figure parmi les trois principaux exportateurs mondiaux de GNL », rappelle Neil Wilson, analyste à Saxo Markets, qui évoque des perturbations « peut-être majeures » des flux énergétiques vers l’Europe.
L’État du Golfe partage avec l’Iran le plus grand réservoir de gaz naturel du monde. Sa part, le North Field, renferme environ 10% des réserves connues de la planète. Ces dernières années, le Qatar a conclu des contrats de fourniture à long terme avec le français Total, le britannique Shell, l’indien Sinopec ou encore l’italien Eni.
Ormuz paralysé, l’Asie en première ligne
La suspension qatarie s’ajoute à un autre facteur de tension majeur: le blocage de facto du détroit d’Ormuz. Par ce goulet d’étranglement large d’une cinquantaine de kilomètres transitent 20% du pétrole consommé dans le monde, soit 20 millions de barils par jour, ainsi qu’environ 19% des flux mondiaux de GNL, selon Sheel Bhattacharjee, spécialiste du fret chez Argus Media. Dimanche, trois navires ont été attaqués dans la zone. Face à l’explosion des primes d’assurance, les principales compagnies maritimes ont suspendu leurs traversées. L’Organisation maritime internationale (OMI) a appelé à « éviter » la régionLire
Les pays asiatiques s’annoncent comme les grands perdants de ces ruptures d’approvisionnement: plus de 80% du pétrole et du gaz transitant par Ormuz leur est destiné, selon l’Agence internationale de l’Énergie. L’Union européenne a affirmé ne pas avoir d’« inquiétudes immédiates » pour ses membres. Mais Tagliapietra tempère: face à la faiblesse de ses réserves de gaz cette année, l’Europe pourrait être « contrainte de concurrencer les acheteurs asiatiques pour les cargaisons » arrivant encore.
En Arabie saoudite, la raffinerie de Ras Tanura, exploitée par Saudi Aramco, a par ailleurs dû interrompre certaines opérations après une attaque ayant provoqué un incendie.
« Le talon d’Achille de Trump, ce sont les prix pétroliers élevés »
Sur les marchés d’actions, la panique s’est propagée des places européennes à Wall Street. Paris dévissait de 2,22%, Francfort de 2,67%, Milan de 2,53%, Londres de 1,59%. À l’ouverture à New York, le Dow Jones cédait 0,89%, le S&P 500 perdait 0,63%.
L’euro subissait de plein fouet la flambée énergétique, abandonnant 0,82% face au dollar, à 1,1715 dollar pour un euro. « Les États-Unis restent largement indépendants sur le plan énergétique, contrairement à l’Europe et à une grande partie de l’Asie », souligne Fawad Razaqzada, analyste pour Forex.com, expliquant la solidité du billet vert.
À contre-courant, les secteurs du fret maritime et des majors pétrolières bondissaient. Maersk grimpait de 6,60% à Copenhague, Hapag-Lloyd de 5,51% à Francfort. TotalEnergies prenait 3,76% à Paris, Equinor s’envolait de 8,63% à Oslo. En revanche, l’aérien et le tourisme chutaient: AirFrance-KLM perdait 8,09%, Accor plongeait de 9,54%.