L’engagement des autorités en faveur d’une «éducation de qualité, sûre et profondément enracinée dans les valeurs citoyennes qui fondent notre cohésion nationale», est encore réaffirmé par le ministre de l’Education à l’occasion du lancement de la 25ème édition de la Semaine nationale de l’école de base (Sneb). Il s’agit encore de rappeler que le Sénégal de demain se fera avec l’engagement de tous les acteurs conformément à la Vision Sénégal 2050. Qu’on me permette encore de rappeler que chacun, à son niveau, est appelé à bâtir une école qui forme des citoyens compétents, intègres et pleinement conscients des responsabilités qui leur incomberont dans la construction du Sénégal de demain.
La présente édition de la Semaine nationale de l’école de base, qui a pour thème : «Pour un environnement scolaire sécurisé et propice aux apprentissages, la communauté s’engage», se tient dans un contexte de fierté nationale, marqué par la deuxième victoire historique du Sénégal à la Coupe d’Afrique des nations. Ce triomphe illustre de manière éloquente la synergie exemplaire entre les conditions favorables mises en place par le gouvernement à travers la Fédération sénégalaise de football, le leadership du coach et de son staff, ainsi que la détermination, le courage et la résilience de nos vaillants Lions. Des valeurs bien sénégalaises qui doivent inspirer tous les acteurs à l’école. Le ministre de l’Education nationale, lors de son allocution à la cérémonie d’ouverture de cette édition à Thiès, l’a d’ailleurs bien rappelé : les valeurs incarnées par nos footballeurs à la Can, Jom, Fulla, Ngor, Mugn, résonnent profondément avec les principes fondamentaux promus par la Nouvelle initiative pour la transformation humaniste de l’éducation (Nithé), qui est un référentiel de valeurs du ministère de l’Education nationale et rappelle que la «réussite, qu’elle soit sportive ou éducative, repose sur l’engagement, la discipline et le sens du collectif».
Le parcours de nos vaillants Lions, les soubresauts lors de la finale qui nous a opposés aux Marocains, quoiqu’en pensent ces derniers, doivent inspirer nos jeunes.
La posture de Pape Thiaw, malgré les sanctions, est riche en enseignements. Coach Pape a refusé de se taire, d’accepter l’injustice sous prétexte qu’elle est institutionnelle, de se soumettre parce que l’arbitrage porte un badge officiel, de sourire pendant que le jeu est faussé sous les yeux du monde. En réalité, ce que l’on reproche au coach Pape, ce n’est pas son attitude, mais c’est son courage, il n’a pas insulté le football, il l’a défendu ; il n’a pas affaibli l’Afrique, il l’a regardée droit dans les yeux en lui disant qu’elle mérite mieux qu’un arbitrage travesti. Pape nous a enseigné que la victoire ne vaut rien sans équité, et que parfois se révolter est la seule façon d’être fidèle au jeu. En demandant le respect, coach Pape nous rappelle les propos de Dr Massamba Guèye dans son ouvrage Viatique pour muscler l’esprit : «Un grand Peuple est celui fait d’hommes et de femmes qui rythment leur marche quotidienne sur le tempo de la conquête du respect.» (p.23)
Au cœur de cette réussite à la Can, il y a un homme, Sadio Mané, qui incarne la rigueur, le sérieux, l’abnégation. Il y a des hommes qui, par leurs exploits sportifs, collectionnent des trophées. D’autres qui, par leur attitude, imposent le respect et marquent durablement les consciences. Sadio Mané appartient à cette seconde catégorie autant qu’à la première. Il n’est pas seulement un grand footballeur : il est l’incarnation contemporaine d’une valeur ancienne et exigeante, celle du «Nianthio», le noble guerrier. A travers lui, c’est une certaine idée du Sénégal qui s’exprime : le courage sans arrogance, la réussite sans reniement, et le service sans calcul.
Il a rappelé ses coéquipiers sur le terrain : «Venez, nous allons nous battre comme des hommes.» Il confiait à un journaliste au début de sa carrière de footballeur : «Au village, tu vas être cultivateur, il n’y a pas d’autre boulot à faire. Mon rêve de gamin, c’était d’écrire l’histoire et de gagner tous les trophées.» Son rêve, il l’a réalisé, «il l’a fait», pour reprendre le célèbre commentateur de Canal+, Lilian Gatounes, lors du sacre des Lions au Cameroun en 2022.
Sadio Mané est allé au bout de ses rêves grâce à la rigueur qu’il s’est imposée, car il a compris que s’astreindre à la rigueur est une attitude fort nécessaire pour qui veut réussir, mais elle est pesante et contraignante ; qu’être rigoureux, c’est se donner les moyens d’être performant ; que la rigueur est la clé de la réussite quand elle s’accompagne de justice dans l’exercice des tâches et fonctions.
L’humilité de Sadio Mané, sa reconnaissance vis-à-vis de ses pairs, l’attachement à ses origines sont source d’inspiration pour nos jeunes. Il a fait sienne cette sagesse : quand tu arrives au sommet de l’arbre, pense à tous les efforts que tu as faits et sois en conscient, mais le plus important, c’est de ne pas oublier les branches sur lesquelles tu as posé tes pieds pour grimper. Ces branches silencieuses, ce sont toutes les personnes que l’on oublie quand la gloire et la richesse nous viennent et que les nouveaux amis nous accaparent.
Si nous devons «unir par le Sport et transformer par l’éducation», la Can 2025, au-delà de l’euphorie de la victoire, doit inspirer tous les acteurs de l’école, nous pousser à l’engagement, à faire face à nos responsabilités, à méditer cette phrase de Bo Jackson : «Fixez des objectifs élevés, et ne vous arrêtez pas avant d’y être arrivé.» Et, surtout, ne jamais être fataliste : la fatalité, c’est l’excuse des âmes sans volonté ; il y a toujours quelque chose à faire.
Pour une refondation systémique et une réinvention profonde de l’école en tant que socle de la société éducative que nous appelons de nos vœux, il faut que la conscience citoyenne s’élève en discipline nationale qui conforte le vivre-ensemble et accélère le processus de développement.
Compte tenu des défis et ambitions, l’école ne peut plus se permettre d’ignorer la formation des citoyens. C’est une exigence même pour elle de former des citoyens, afin de mettre à la disposition de la société des hommes responsables, suffisamment éclairés pour assurer le développement du pays. L’école doit cesser de se considérer comme un lieu de transmission de connaissances générales et techniques, pour demeurer un lieu où savoirs et pratiques s’entrecroisent pour former des citoyens informés et actifs, conscients et responsables, critiques et mesurés, tolérants et ouverts.
Inutile de rappeler que le sport à l’école joue un rôle important dans la transformation de l’éducation : les compétences sociales telles que la discipline, le fair-play, le travail d’équipe, le leadership, doivent être cultivées sur les terrains d’Eps.
Les autorités éducatives, en collaboration avec celles sportives, doivent réorganiser et dynamiser le sport scolaire. La réforme du sport scolaire devrait nécessairement passer par des actions prioritaires qui s’articulent autour de l’élaboration de programmes de recherche et de formation pour les enseignants et les jeunes espoirs scolaires ; l’organisation de compétitions aux niveaux régional et national à travers la relance de compétitions comme celles qu’organisait l’Uassu (Union des associations sportives scolaires et universitaires) ; la recherche et la mobilisation des ressources financières nécessaires à la bonne marche des structures de gestion ; la définition d’une politique de création et de réhabilitation des infrastructures sportives de qualité. Pour former de futurs Sadio Mané, Mame Maty Mbengue, Jean-Jacques Boissy, Brancou Badio (des talents du basket sénégalais), on doit mettre en place des classes sport-études, dans les collèges et lycées, avec des dispositifs éducatifs, des aménagements d’emploi du temps pour les élèves ayant un potentiel sportif élevé.
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