Home Société‘urgence : Pour une stratégie intégrée de gestion des eaux pluviales à Dakar (Chérif Younus spécialiste en Voirie et Réseaux Divers)

‘urgence : Pour une stratégie intégrée de gestion des eaux pluviales à Dakar (Chérif Younus spécialiste en Voirie et Réseaux Divers)

by Aicha Diop

J’espère que ce message sera accessible à tous et surtout compris dans son véritable enjeu. Il ne s’agit pas simplement de parler d’inondations, mais de réfléchir, avec une approche technique et durable, à la manière dont Dakar peut mieux maîtriser ses eaux pluviales.

La région de Dakar est une presqu’île. Où que l’on se situe, la mer reste relativement proche. Cette particularité géographique doit nous amener à repenser profondément notre manière de gérer les eaux pluviales.

En tant que spécialiste en Voirie et Réseaux Divers , je suis convaincu qu’il faut sortir de la logique des interventions d’urgence — pompage, curage après l’hivernage, ouverture ponctuelle de caniveaux — pour aller vers une véritable stratégie régionale de gestion des eaux pluviales.

Concrètement, que faut-il faire ?

  1. Mettre en place un réseau structurant de collecte des eaux pluviales

Créer ou renforcer des collecteurs primaires et secondaires, dimensionnés sur la base d’études hydrologiques sérieuses, afin de récupérer les eaux des quartiers et de les acheminer vers des exutoires maîtrisés.

  1. Créer des corridors hydrauliques vers la mer

L’idée n’est pas de construire des canaux partout et de rejeter brutalement l’eau à la mer. Il faut identifier les axes naturels d’écoulement et créer des corridors hydrauliques protégés, avec des ouvrages de régulation permettant d’évacuer progressivement les eaux vers des exutoires adaptés.

  1. Construire des bassins de rétention et de régulation

Avant d’évacuer l’eau, il faut pouvoir la stocker temporairement. Des bassins de rétention implantés aux endroits stratégiques permettraient d’absorber les pics de ruissellement et de restituer l’eau progressivement au réseau.

  1. Développer l’infiltration là où elle est possible

Toutes les eaux ne doivent pas nécessairement être conduites jusqu’à la mer. Lorsque la nature du sol et les conditions hydrogéologiques le permettent, il faut favoriser les noues, tranchées drainantes, chaussées perméables, jardins de pluie et bassins d’infiltration.

  1. Repenser nos routes comme de véritables ouvrages hydrauliques

Une route ne doit pas seulement permettre la circulation. En zone urbaine, elle doit également participer à la gestion des eaux pluviales : pentes, bordures, avaloirs, caniveaux, regards, collecteurs et exutoires doivent être conçus comme un seul système hydraulique cohérent.

  1. Protéger les zones naturelles d’écoulement

Il faut éviter de construire sur les zones naturellement destinées à recevoir ou évacuer les eaux. L’urbanisation des cuvettes, dépressions et axes d’écoulement transforme inévitablement les fortes pluies en inondations.

  1. Utiliser le pompage uniquement là où la gravité ne suffit pas

Le pompage doit être un complément, et non le cœur du système. Une ville qui dépend exclusivement des stations de pompage reste vulnérable aux pannes, aux coupures électriques et aux épisodes pluvieux exceptionnels.

  1. Anticiper le risque de reflux marin

La proximité de la mer est un atout pour l’évacuation gravitaire, mais elle impose aussi des précautions : clapets anti-retour, ouvrages de régulation et exutoires adaptés doivent empêcher la remontée des eaux marines dans les réseaux.

  1. Entretenir les réseaux toute l’année

Même le réseau le mieux dimensionné devient inefficace s’il est obstrué par les déchets et les sédiments. Il faut donc instaurer un véritable programme de curage préventif, d’inspection des ouvrages et de maintenance des réseaux, avant et pendant chaque hivernage.

Le véritable enjeu

La solution aux inondations de Dakar ne sera pas un ouvrage miracle.

Elle réside dans la combinaison de la collecte, du stockage temporaire, de l’infiltration, de la régulation et de l’évacuation, le tout pensé à l’échelle de la région et non quartier par quartier.

Dakar dispose d’un avantage géographique : la mer est proche. Mais cette proximité ne devient un avantage hydraulique que si nous construisons les infrastructures capables de conduire l’eau jusqu’à elle, de manière maîtrisée et sécurisée.

Il faut donc passer d’une politique de « lutte contre les inondations » à une véritable politique intégrée de gestion des eaux pluviales.

Parce qu’une ville résiliente n’est pas une ville qui attend la pluie pour réagir.

C’est une ville qui sait à l’avance où l’eau va tomber, où elle va circuler, où elle va être stockée, comment elle sera régulée et où elle sera finalement évacuée.

Enfin, une pensée sincère va à toutes les familles et à toutes les personnes durement touchées par ces inondations. Derrière les routes impraticables, les maisons envahies par les eaux et les pertes matérielles, il y a surtout des vies bouleversées et des familles éprouvées.

Paix à l’âme de toutes celles et tous ceux qui nous ont quittés à cause de ces inondations. Qu’Allah, dans Sa miséricorde infinie, leur accorde le repos éternel et donne force, patience et réconfort à leurs familles.

Que ces drames nous rappellent une chose essentielle : prévenir les inondations, ce n’est pas seulement protéger des infrastructures, c’est avant tout protéger des vies humaines.

Chérif Younus ✍️

Ministère de l’Hydraulique et de l’Assainissement
Ministère de l’urbanisme, des collectivités territoriales et aménagement
Ministère des Finances et du Budget du Sénégal
Ministère des Infrastructures et des Transports terrestres et aériens

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